PALESTINIENNE AUTORITÉ

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

L'unité palestinienne en question

Peu après la prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas, Israël impose un blocus aux populations de ce territoire. Parallèlement, la communauté internationale fait ouvertement alliance avec le Fatah de Mahmoud Abbas en Cisjordanie. Tel-Aviv ajoute à sa politique de marginalisation économique des actions militaires visant à saper les bases organisationnelles du Hamas dans la bande de Gaza. Mais l'ensemble de ces mesures échoue à affaiblir, sinon à discréditer, la mouvance islamiste qui apparaît de plus en plus comme un acteur incontournable de la scène politique palestinienne. De son côté, le président Mahmoud Abbas est fragilisé par l'absence de nouvelles perspectives dans les négociations avec l'État d'Israël. Les blocages politiques récurrents qui entravent également tout accord de réconciliation nationale entre sa faction, le Fatah, et le Hamas pèsent sur sa capacité à « rebondir », alors que son mouvement connaît une crise d'identité profonde et qu'il est lui-même discrédité aux yeux de sa population pour des prises de position jugées peu opportunes sur la question nationale et la lutte contre l'occupation. Qui plus est, son Premier ministre, Salam Fayyad, est critiqué pour ses choix économiques et la politique de coopération sécuritaire qu'il mène avec Israël. La partition entre les deux camps palestiniens s'installe donc dans la durée. Cet état de fait permet à des acteurs extérieurs au conflit de parler au nom des Palestiniens, ce qui conduit à déposséder l'O.L.P. de ce rôle, au moment même où les tentatives de Mahmoud Abbas de voir reconnaître la Palestine comme un État à part entière à l'O.N.U. échouent.

Le Hamas, acteur incontournable à Gaza

Les mesures d'endiguement du Hamas adoptées par le gouvernement israélien et les diplomaties occidentales ne mènent pas le gouvernement d'Ismaïl Haniyeh à la démission, pas plus qu'elles ne réduisent son soutien populaire. Pourtant, celui-ci n'est pas à l'abri de discours critiques. Ses opposants – aux motivations multiples et contradictoires – lui reprochent, pêle-mêle, de faire le jeu d'Israël en imposant des trêves militaires de longue durée, d'être en retrait en matière d'islamisation de la société, d'avoir des penchants oppressifs en ne permettant pas la libre critique ou encore d'échouer à ramener le calme et la prospérité. De fait, la sécurité physique des habitants de la bande de Gaza est régulièrement menacée par la poursuite d'opérations militaires israéliennes et le maintien d'une économie de blocus.

Israël face au Hamas : trêves et répression armée

La politique israélienne à l'égard du Hamas oscille entre la négociation de périodes de trêve et la répression. Une première opération militaire est ainsi lancée en février 2008 dans le but d'affaiblir le Hamas et de négocier la libération du soldat franco-israélien Gilat Shalit, kidnappé en juin 2006. Une deuxième opération de plus grande envergure, Plomb durci, est menée en décembre 2008-janvier 2009. Le bilan humain est lourd (environ mille quatre cents morts et cinq mille blessés côté palestinien, et treize morts côté israélien), de même que les dégâts matériels (entre 700 et 900 millions de dollars). Pour Israël, l'enjeu est de rétablir son pouvoir de dissuasion sur la scène régionale, alors que sa capacité militaire a été sérieusement endommagée par la guerre du Liban contre le Hezbollah durant l'été de 2006. Il s'agit aussi de couper définitivement la bande de Gaza de la Cisjordanie en l'arrimant progressivement à l'Égypte.

Pour les dirigeants du Hamas, l'heure est à la trêve militaire de longue durée après cet épisode particulièrement meurtrier. Il faut à tout prix éviter de fournir aux Israéliens un prétexte pour qu'une nouvelle opération de même nature se reproduise, mais aussi se donner le temps de reconstituer les forces combattantes. C'est ainsi que le gouvernement d'Ismaïl Haniyeh négocie des accords de cessez-le-feu avec les différentes factions armées de la bande de Gaza et instaure une « police des frontières » dans les zones nord qui font « tampon » avec l'État hébreu. L'assassinat par Israël du chef militaire du Hamas, Ahmed al-Jabari, conduit à un nouvel épisode de violence armée en novembre 2012. L'opération militaire Pilier de défense dure une semaine et démontre que la politique de dissuasion israélienne ne suffit plus, dans la mesure où les combattants palestiniens sont désormais capables d'atteindre les « profondeurs » du territoire de l'État hébreu (en dépit d'armes de défense de plus en plus sophistiquées). À l'issue des combats, les dirigeants du Hamas crient victoire, d'autant plus que les Israéliens ont accepté d'alléger le blocus économique et de repousser les limites du blocus maritime de quelques miles. Les Israéliens ont aussi donné leur accord à la venue dans la bande de Gaza de Khaled Mechaal, le chef du Hamas en exil, à l'occasion des célébrations du vingt-cinquième anniversaire du Mouvement de la résistance islamique en décembre 2012. Ces concessions ne sont pas anecdotiques, dans la mesure où la situation économique de la bande de Gaza est affectée, depuis 2006, par un blocus sévère.

Une économie exsangue

De fait, les conditions de vie des habitants de la bande de Gaza se sont rapidement détériorées depuis la victoire du Hamas en 2006. Les denrées alimentaires (y compris celles de première nécessité), de même que les matériaux de construction, les pièces nécessaires aux industries de transformation et de services, ou encore l'essence et les billets de banque, sont en quantité insuffisante. La situation sanitaire est alarmante – l'eau potable manquant particulièrement. La paralysie des activités de production et des flux commerciaux génère une économie informelle. Les produits arrivent par le biais de tunnels creusés clandestinement au sud de la bande de Gaza, à la frontière avec l'Égypte. Le « made in » Égypte, Turquie et Chine remplacent progressivement les arrivages israéliens dans les magasins gazaouis. La « guerre de Gaza » de 2008-2009 accentue le processus de paupérisation des populations et la déliquescence de l'économie locale. En 2010, 65 p. 100 de la population vivait au-dessous du seuil de pauvreté et 80 p. 100 était dépendante de l'aide alimentaire extérieure. Le relâchement (très partiel) du blocus israélien après la guerre de 2009, initié à la demande de la communauté internationale qui a sanctionné Tel-Aviv pour sa politique d'agression, ne change guère la donne, dans la mesure où l'entrée des produits finis et semi-finis demeure extrêmement limitée. De même, l'ouverture, en février 2011, du terminal frontalier de Rafah par l'Égypte post-Moubarak n'a pas d'effet d'entraînement sur l'économie locale, car seuls les flux de personnes sont concernés. Par conséquent, le taux de chômage reste élevé (autour de 25 p. 100 en 2012, mais il est proche de 40 p. 100 chez les 15-29 ans), ainsi que le taux [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 43 pages

Médias de l’article

Autorité palestinienne : drapeau

Autorité palestinienne : drapeau
Crédits : Encyclopædia Universalis France

drapeau

Occupation britannique de Jérusalem

Occupation britannique de Jérusalem
Crédits : Hulton Getty

photographie

Protectorat britannique en Palestine

Protectorat britannique en Palestine
Crédits : Hulton Getty

photographie

Population palestinienne, 2000

Population palestinienne, 2000
Crédits : Encyclopædia Universalis France

tableau

Afficher les 18 médias de l'article


Écrit par :

  • : docteur ès lettres et sciences sociales, directeur de recherche à la Fondation nationale des sciences politiques
  • : maître de conférences habilitée à diriger des recherches, Sciences Po, Aix-en-Provence

Classification

Autres références

«  PALESTINIENNE AUTORITÉ  » est également traité dans :

ABBAS MAHMOUD (1935- )

  • Écrit par 
  • Aude SIGNOLES
  •  • 1 949 mots
  •  • 1 média

Le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas est né le 26 mars 1935 à Safed, ville de haute Galilée, aujourd'hui située à l'intérieur des frontières de l'État hébreu. Ses parents fuient la Palestine en 1948 durant la première guerre israélo-arabe. Réfugié à Damas, dans la Syrie voisine, le jeune homme travaille comme carreleur pour payer ses études secondaires, puis il part en Égypte poursuivre un curs […] Lire la suite

ARAFAT YASSER (1929-2004)

  • Écrit par 
  • Nadine PICAUDOU
  •  • 1 390 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « La longue marche vers l’autonomie »  : […] Basé à Tunis, Yasser Arafat, affaibli, n'est plus qu'un diplomate itinérant que seule l'intifada sauve de l'impasse en 1987. Dès lors s'amorce la longue marche de son retour en Palestine. Marié en 1990 à une jeune Palestinienne chrétienne originaire de Ramallah, Souha Tawil, et père de Zahwa, née en 1995, Yasser Arafat n'en continue pas moins à mener la vie austère de l'éternel combattant. Exclu d […] Lire la suite

FRONTIÈRE

  • Écrit par 
  • Guillaume LACQUEMENT
  •  • 6 356 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Les causes des conflits frontaliers »  : […] Les conflits frontaliers demeurent nombreux et concernent, au début du xxi e  siècle, environ 20 p. 100 des dyades sur tous les continents. Leurs causes tiennent souvent à des contestations territoriales, mais les formes de conflictualité ont changé, et les litiges contemporains portent davantage sur des questions de positionnement et de gestion de flux migratoires ou de ressources naturelles. Le […] Lire la suite

GAZA BANDE DE

  • Écrit par 
  • Olivier CARRÉ
  •  • 1 098 mots
  •  • 1 média

La bande de Gaza s'étire sur quelque 55 kilomètres et couvre 363 kilomètres carrés. La délimitation de ce territoire est, au sud, héritée du tracé du mandat britannique sur la Palestine en 1922 ; au nord et à l'est, elle est imposée par la ligne de démarcation fixée par l'armistice entre Israël et l'Égypte le 24 février 1949. Le plan de partage du 29 novembre 1947 adopté à l'O.N.U. prolongeait cet […] Lire la suite

PROCHE ET MOYEN-ORIENT CONTEMPORAIN

  • Écrit par 
  • Nadine PICAUDOU, 
  • Aude SIGNOLES
  •  • 21 336 mots
  •  • 24 médias

Dans le chapitre « La multiplication des foyers de crise interne »  : […] Le projet américain de « Grand Moyen-Orient » rencontre néanmoins de fortes résistances locales, enfermant la région dans une spirale de violences néfastes. Les acteurs de la contestation, multiples, aux intérêts divergents parfois contradictoires et aux modes d'action variés, ont pour dénominateur commun le rejet des prétentions impériales des États-Unis. En Irak, les élections législatives de 2 […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

24-25 juin 2021 Autorité palestinienne. Mort suspecte d'un opposant en Cisjordanie.

l’Autorité palestinienne (AP). Nizar Banat meurt quelques heures plus tard, battu à mort selon certaines constatations. Le 25, des milliers de personnes assistent à ses funérailles. Des manifestations violemment réprimées par les forces de sécurité palestiniennes continuent les jours suivants à Ramallah, siège de l’AP. La répression de la contestation […] Lire la suite

10-25 mai 2021 Israël – Autorité palestinienne. Affrontements entre le Hamas et l'armée dans la bande de Gaza.

l’Autorité palestinienne. Il s’agit de la première initiative de ce type commune aux deux côtés de la « ligne verte » depuis la première Intifada, au tournant des années 1990. Le 19, au cours d’un entretien téléphonique avec Benyamin Nétanyahou, le président américain Joe Biden, rompant avec l’appui traditionnel que l’administration américaine apporte […] Lire la suite

5-30 avril 2021 Israël – Autorité palestinienne. Début de la procédure de formation du gouvernement.

l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas annonce le report sine die des élections prévues en mai. Il invoque le refus d’Israël de laisser celles-ci se dérouler à Jérusalem-Est, annexé en juin 1967. Le Hamas, qui était annoncé comme favori du scrutin, dénonce un « coup d’État » contre le processus de réconciliation interpalestinien. Le 30, une bousculade […] Lire la suite

7 avril 2021 États-Unis – Autorité palestinienne. Reprise de l'aide aux Palestiniens.

Le secrétaire d’État Antony Blinken valide la reprise de l’aide aux Palestiniens, facteur selon lui de « stabilisation » régionale, que l’administration Trump avait fortement réduite en janvier 2018. Cette aide doit principalement revenir à l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés palestiniens dans le Proche-Orient (UNRWA […] Lire la suite

5 février - 3 mars 2021 Israël. Ouverture d'une enquête de la CPI sur la situation en Palestine.

L’Autorité palestinienne a adhéré en janvier 2015 au statut de Rome créant la CPI. Israël ne l’a pas signé. Le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou dénonce un « acharnement judiciaire » guidé par un « pur antisémitisme ». Le 3 mars, la procureure de la CPI Fatou Bensouda annonce qu’une enquête « sur la situation en Palestine » est ouverte […] Lire la suite

Pour citer l’article

Olivier CARRÉ, Aude SIGNOLES, « PALESTINIENNE AUTORITÉ », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/autorite-palestinienne/