Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

ARAWAKS & KARIBS

Les données de la linguistique

Au moment de la conquête, on parlait plusieurs langues dans les îles et sur le continent. Dans le domaine insulaire, le premier atteint, on distingue quatre grandes familles linguistiques : warao, arawak, karib insulaire et karib. Les parlers warao étaient ceux des indigènes de Trinidad et des habitants de l'embouchure de l'Orénoque. Plusieurs variétés de cette langue sont encore parlées aujourd'hui par 15 000 Amérindiens de l'Orénoque. Plusieurs langues appartenaient à la grande famille arawak, comme le taino (Bahamas, Ayti, Cuba), le caquetio (Curaçao et Aruba), le ciguayo (Ayti), le macorixe (Cuba). Le karib insulaire est une langue arawak. La famille karib comprenait les groupes karina, galibi ou carinaco, carinepagoto, parlés à Tobago, en Grenade, dans les autres îles de l'arc oriental, dans les Guyanes, de l'Orénoque à l'Amazone. On ne connaît que le nom de certaines langues qui ont disparu à l'époque de la conquête : nepuyo (Trinidad, Guyanes), shebayo ou salvaio (Trinidad), yao (Trinidad et la région côtière des Guyanes, de l'Orénoque au Matacare), le guaiqueri ou waikeri (Margarita) et, bien sûr, le taino, englobant le lucayo des grandes îles et des Bahamas. Ainsi, trois langues anciennes des îles sont encore parlées sur le continent : arawak, karib et karib insulaire ou igneri, parlé encore à Belize, dans le voisinage du golfe du Honduras et dans les communautés garifunas.

Dans les îles Dominique et Saint-Vincent, le créole remplaça progressivement la langue vernaculaire des Karibs au xixe siècle. Le père de Lettre mentionna vers 1853 la présence à la Dominique de 125 indigènes Karibs qui « ont peu à peu oublié leur ancienne langue, dont ils ne se servent entre eux que comme en cachette des autres personnes... Ils parlent le créole comme les autres naturels du pays ». En 1879, un ornithologue nord-américain, Frederick Ober, ne comptait plus « que quelques vieux et vieilles qui parlent encore l'ancienne langue karib ». Pourtant, en 1898, un médecin a pu recueillir des textes de cette ancienne langue. Les derniers locuteurs moururent en 1910-1920 dans l'île, et un témoin, Douglas Taylor, signala en 1930 qu'il n'y avait plus que cinq ou six personnes ayant pu entendre dans leur enfance une langue maternelle disparue à jamais.

— Oruno D. LARA

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : professeur d'histoire, directeur du Centre de recherches Caraïbes-Amériques

Classification

Pour citer cet article

Oruno D. LARA. ARAWAKS & KARIBS [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Média

Scène d'anthropophagie au Brésil - crédits : AKG-Images

Scène d'anthropophagie au Brésil

Autres références

  • AMÉRINDIENS - Amazonie et Guyanes

    • Écrit par Simone DREYFUS-GAMELON, Universalis
    • 5 651 mots
    • 2 médias
    L'homogénéité déjà signalée des cultures amazoniennes s'accompagne d'une étonnante diversité linguistique. Outre les principales familles (Arawak, Carib, Tupi-Guarani, , Pano, Tukano) différenciées dialectalement, de nombreuses langues isolées constituent une impressionnante mosaïque....
  • BAHAMAS

    • Écrit par E. Paul ALBURY, Universalis, David Russell HARRIS, Gail SAUNDERS
    • 1 916 mots
    • 3 médias
    ...dénommée aujourd'hui Watling, soit de Samana Cay, soit de l'île Cat. Les indigènes des Bahamas, que Christophe Colomb appelle Lucayans, sont des Indiens Arawak, qui vivent également dans les Grandes Antilles. Près de quarante mille d'entre eux sont déportés par les Espagnols, entre 1492 et 1508, dans les...
  • CIBONEY

    • Écrit par Agnès LEHUEN
    • 243 mots

    Population indienne de la mer des Caraïbes, les Ciboney habitent les îles d'Hispaniola et de Cuba ; leur nom vient de l'arawak et signifie « ceux qui habitent des grottes ». À l'époque des premiers contacts avec les Européens, ils furent relégués dans les régions retirées de ces îles par...

  • COLOMBIE

    • Écrit par Universalis, Marcel NIEDERGANG, Olivier PISSOAT, Clément THIBAUD
    • 13 648 mots
    • 5 médias
    ...plutôt indépendantes les unes des autres, relevaient de trois familles ethno-linguistiques : les Karibes sur la côte atlantique et son arrière-pays ; les Arawaks – petits groupes épars proches de l'autarcie – dans les Llanos et en Amazonie ; et les Chibchas, dans la Sierra Nevada de Santa Marta, la cordillère...
  • Afficher les 9 références

Voir aussi