BONNET ANTOINE (1958- )

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Compositeur français né à Paris le 9 janvier 1958, Antoine Bonnet étudie très jeune le piano, l'harmonie et le contrepoint avant d'entrer au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, où il fréquente les classes de composition, d'orchestration et d'analyse. Il a notamment pour professeur Ivo Malec, Jacques Casterède et Betsy Jolas. Il obtient les premiers prix d'analyse en 1985, de recherche en analyse et de composition en 1988. Parallèlement à la formation qu'il reçoit au Conservatoire, il étudie la théorie musicale, l'esthétique et l'ethnomusicologie avec Célestin Deliège, François Nicolas, André Boucourechliev et Simha Arom à l'École normale supérieure de musique de Paris, où il soutient avec succès sa thèse de doctorat, Conditions et possibilités actuelles de la composition musicale (1991).

Mêlant dans une démarche très personnelle composition et réflexion sur la musique contemporaine, Antoine Bonnet fonde en 1986, avec François Nicolas et Gérard Pesson, la revue Entretemps, consacrée à la musique contemporaine. Il y publiera quelques-unes de ses réflexions sur les compositeurs, le timbre, la théorie musicale, la place du créateur et sa responsabilité en tant qu'artiste. Parmi ses travaux, citons « Sur Ligeti » (in Entretemps, n0 1, avr. 1986) ; « Franco Donatoni, une figure » (avec François Nicolas, in Entretemps, n0 2, nov. 1986) ; « Écriture et perception : à propos de Messagesquisse de Pierre Boulez » (in InHarmoniques, n0 3, mars 1988). Compositeur-analyste, Antoine Bonnet se définit volontiers comme un créateur qui conduit une réflexion sur la musique de son temps : « Je suis un compositeur qui écrit sur la musique. »

À la fin des années 1980, il est invité à donner des cours à l'université de Lille, à celle de Tours, à l'école des Hautes études en sciences sociales et à l'I.R.C.A.M. Il est nommé en 1992 professeur associé à l'université de Paris-VIII, où il ouvre une classe de composition. Recruté comme professeur à l’université de Nice en 2000, il enseigne avec ce même titre à l’univesité de Rennes-II à partir de 2004.

Antoine Bonnet a peu composé mais la qualité de ses œuvres lui a valu de recevoir le prix Hervé-Dugardin de la S.A.C.E.M. et le prix Villa Médicis hors les murs, ainsi que différentes bourses qui lui ont permis de séjourner en Allemagne et aux États-Unis.

C'est en 1985 qu'il compose sa première pièce importante, Seuil, pour douze instruments à cordes. Avec Trajectoires (1989), pour orchestre, Antoine Bonnet conçoit son œuvre comme un processus. Qu'est-ce qu'un processus ? « Le processus n'est pas un phénomène évolutif mais un mouvement qui comprend une contradiction. Il est donc mobile car toute contradiction peut s'inverser en son contraire ou se résoudre pour en déterminer une nouvelle. » La difficulté de l'œuvre, due à la multiplicité des « trajectoires », implique une attention toute particulière du public, qui doit essayer de se frayer un chemin auditif parmi les multiples possibilités qui lui sont proposées. Cette pièce a été jouée en création mondiale au Centre Georges-Pompidou le 6 février 1989 par l'Ensemble InterContemporain sous la direction de Peter Eötvös et saluée par la critique comme l'une des pièces les plus novatrices de la jeune musique française.

C'est en 1991 qu'Antoine Bonnet commence un cycle, La Terre habitable, sur des textes de Julien Gracq. Ce cycle comprend Les Eaux étroites (1991, révisé en 1998), Aubrac (1995-1996), Les Hautes Terres du Sertalejo (1996), La Presqu'île (1996) et Liberté grande (1996). S'il s'appuie sur des textes de Gracq, le compositeur le fait toujours indirectement et les titres qu'il crée à partir du texte littéraire ne sont pas présents dans sa musique : il n'y a ni récitant ni chanteur. Les titres, évocateurs, sont uniquement destinés à créer des images et à orienter ainsi l'inspiration du compositeur. Le cycle est plutôt « une évocation poétique de l'œuvre de l'écrivain à partir d'un choix de titres réunis par une thématique commune : cette Terre, non des origines mais des devenirs ». Il n'est pas question d'illustrer des textes ou de suivre leur structure interne mais de mettre en résonance des images visuelles et des images musicales. La Terre habitable est l'œuvre d'un homme qui pense musicalement les devenirs et non pas l'histoire. Ce cycle s'inscrit dans un processus de création toujours en mouvement, proche de la pensée rhizomatique et en ligne de fuite de Gilles Deleuze. C'est véritablement la pensée des Mille Plateaux de Deleuze qu'Antoine Bonnet met en musique.

Parmi ses autres œuvres, citons Épitaphes, pour orchestre (1992-1994), Nachtstrahl, pour mezzo-soprano et quintette (1994), le quintette Fantaisie (1997) et Cinq Pièces pour chœur et 6 percussions (1998).

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Écrit par :

  • : musicologue, analyste, chef de chœur diplômée du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, chargée de cours à Columbia University, New York (États-Unis)

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Pour citer l’article

Juliette GARRIGUES, « BONNET ANTOINE (1958- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/antoine-bonnet/