JOLAS BETSY (1926- )

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Dotée d'une forte personnalité, Betsy Jolas (née à Paris le 5 août 1926) n'apprécie guère les chemins tout préparés ; elle suit sa voie de manière très personnelle, le plus souvent hors cadre. Curieusement, c'est aux États-Unis, où elle passe ses années de scolarité, que cette musicienne française découvre (au sein de la chorale dont elle fait partie) les musiques qui vont la déterminer en profondeur, et celles-ci sont bien attachées à l'histoire culturelle de l'Europe puisqu'il s'agit de Josquin Des Prés, de Roland de Lassus et des musiciens de leur époque. Rentrée en France en 1946, après avoir fait aux États-Unis ses premières études musicales (harmonie, contrepoint, orgue et piano) et avoir obtenu un titre de bachelor of arts in music, c'est au Conservatoire de Paris où elle travaille ensuite (avec Milhaud et Messiaen) qu'elle approche de plus près la musique contemporaine. De Messiaen, Betsy Jolas dit « qu'il lui a appris à écouter toute musique d'une oreille nouvelle ».

À l'heure où toute la jeune génération est fascinée par la découverte du dodécaphonisme, et prêche ce système d'écriture comme le seul possible, Betsy Jolas reste personnellement réticente : « C'était pour moi comme un purgatoire : je me demandais s'il était tout à fait nécessaire d'y faire son temps. » Non pas que les conceptions musicales de Betsy Jolas soient tournées vers le passé ; bien au contraire, elle participe joyeusement et très profondément à son époque et, du fait de sa double formation américano-européenne, elle se trouve aussi proche de la jeune musique américaine que de celle de l'Europe ; mais, par la force de ses premières découvertes musicales, elle est définitivement orientée vers un style d'écriture polyphonique. Sensibilisée dès le départ par la magie sonore, rien n'est plus essentiel pour elle que de parvenir à fixer son rêve poétique personnel. En conséquence, peu lui importent les arguties d'école ou les dépendances trop limitatives ; partant de la même exigence, elle n'utilise guère les formes ouvertes ou aléatoires, personne ne pouvant exprimer à sa place la réalité de son « rêve ». Son écriture, d'une grande finesse, est toujours très précise. C'est sans doute en raison de ces données très personnelles qu'elle n'a pas été tentée par l'utilisation musicale de l'électronique.

L'œuvre de Betsy Jolas s'articule autour de deux pôles de recherche privilégiés. D'une part, les recherches vocales : confronter la voix avec les instruments, considérer la voix comme un instrument (cantate L'Œil égaré dans les plis d'obéissance du vent, d'après Victor Hugo, 1961 ; Quatuor II, pour soprano colorature et trio à cordes, 1964 ; Sonate à 12, pour douze voix solistes, 1971 ; Liring Ballade, pour baryton et grand orchestre, 1980 ; Sigrancia Ballade, 1996 ; Motet III « Hunc igitur terrorem », pour cinq voix solistes, chœur et orchestre baroque, 1999 ; Concerto-Fantaisie « O Night, Oh... », pour chœur mixte de trente-deux voix et piano concertant, 2001) ou, au contraire, considérer des instruments comme la voix (D'un opéra de voyage, pour vingt-deux instruments, 1967 ; D'un opéra de poupée, pour onze instruments, 1982 ; Lumor, sept lieder spirituels pour un saxophoniste [jouant soprano et ténor] et orchestre, 1996). D'autre part, l'étude de problèmes instrumentaux, aussi bien dans leur écriture que dans les formes instrumentales de petits et grands ensembles ; ici encore se manifeste son désir de s'opposer aux conceptions habituelles pour parvenir à une vision nouvelle à partir d'éléments connus (Points d'aube, pour alto solo et treize instruments à vent, 1968 ; États, pour violon et six percussions, 1969 ; Trois Duos, pour tuba et piano, 1983 ; Trio « Les Heures », pour trio à cordes, 1991 ; Sonate à 8, pour octuor de violoncelles, 1998 ; Wanderlied, pour violoncelle solo et petit ensemble instrumental, 2003 ; Suite : Puer apud magistros exercentur, pour deux saxophones altos, 2007). La rigueur de l'écriture se trouve donc ainsi toujours associée à un grand souci de renouvellement dans la forme (elle dit devoir à Debussy « le besoin d'une forme en perpétuelle naissance »).

Betsy Jolas n'a cependant commencé à s'intéresser à l'opéra que tardivement (Le Pavillon au b [...]

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Brigitte MASSIN, « JOLAS BETSY (1926- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/betsy-jolas/