ANTHROPOLOGIE POLITIQUE

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Les aspects de l'État traditionnel

Les anthropologues politistes ont tenté de caractériser l'État dit traditionnel, et de déterminer les conditions de son émergence. Dans ces deux entreprises, ils ont rencontré des obstacles difficiles à surmonter.

L'État traditionnel ne peut être défini par un type (ou modèle) sociologique qui l'opposerait radicalement à l'État moderne. Dans la mesure où il est un État, il se conforme d'abord aux caractéristiques communes. Organe différencié, spécialisé et permanent de l'action politique et administrative, il requiert un appareil de gouvernement capable d'assurer la sécurité au-dedans et sur les frontières. Il s'applique à un territoire et organise l'espace politique de telle manière que cet aménagement corresponde à la hiérarchie du pouvoir et de l'autorité, et assure l'exécution des décisions fondamentales dans l'ensemble du pays soumis à sa juridiction. Moyen de domination, tenu par une minorité qui a le monopole de la décision politique, il se situe en tant que tel au-dessus de la société dont il doit néanmoins défendre les intérêts communs. En conséquence, l'organisation étatique traditionnelle est un système essentiellement dynamique, exigeant le recours permanent aux stratégies qui maintiennent sa suprématie et celle du groupe qui le contrôle. Les recherches anthropologiques nouvelles imposent de ne plus négliger (ou ignorer) ces aspects : l'État traditionnel permet effectivement à une minorité d'exercer une domination durable ; les luttes pour le pouvoir au sein de cette dernière – auxquelles on réduit souvent la politique propre à ces sociétés – contribuent plus à renforcer la domination exercée qu'à l'affaiblir. À l'occasion de ces compétitions, la « classe politique » se durcit et pousse vers le point maximal le pouvoir qu'elle détient en tant que groupe.

L'État traditionnel possède évidemment des traits distinctifs. Il concède, par nécessité, une large place à l'empirisme ; il se crée, le plus souvent, à partir d'unités politiques préexistantes qu'il ne peut abolir et sur lesquelles sont établies ses propres structures ; [...]

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Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université de Paris-Sorbonne, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales

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Pour citer l’article

Georges BALANDIER, « ANTHROPOLOGIE POLITIQUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 janvier 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/anthropologie-politique/