RADICHTCHEV ALEXANDRE NIKOLAÏEVITCH (1749-1802)

Après des études de droit à l'université de Leipzig, Radichtchev fait carrière au collège du commerce sous la protection d'Alexandre Vorontsov, qui ne devait jamais l'abandonner, même dans sa disgrâce. Mais, lecteur de Rousseau et de l'abbé Raynal, il compose en secret des déclamations contre les tyrans dans le goût de l'époque. En 1790, il édite dans son imprimerie personnelle un pamphlet contre le servage dont il n'avait présenté à la censure qu'un manuscrit expurgé. Ce Voyage de Saint-Pétersbourg à Moscou (Putešestvie iz Peterburga v Moskvu) décrit l'itinéraire spirituel d'un noble humaniste qui découvre la réalité sociale et perd progressivement ses illusions sur la possibilité de réprimer les abus par des réformes législatives ; il en vient à souhaiter une jacquerie généralisée, fût-ce au prix d'un massacre des nobles. « Rebelle pire que Pougatchev », annote Catherine II, qui exile l'auteur en Sibérie après l'avoir fait condamner à mort ; au lieu d'une « révolte russe aveugle et impitoyable » (Pouchkine), la démarche de Radichtchev retourne contre le système l'idéologie favorite de la classe dominante, la philosophie des Lumières. Renversement déchirant pour l'auteur lui-même : dans d'autres passages de son livre, il avoue son horreur de la « pougatchevchtchina » et ses préférences pour une solution pacifique qui sauvegarderait l'acquis de la civilisation. Il ne se renie donc pas quand, réhabilité par Alexandre Ier, il accepte de participer à une commission officielle pour la rédaction d'un nouveau code. Mais, bientôt convaincu que le tsar n'osera pas abolir le servage, il cède au désespoir et s'empoisonne.

Radichtchev est également l'auteur d'une ode Liberté (Vol'nost', 1781) et d'un traité De l'homme, de sa mortalité et de l'immortalité (O čeloveke, o ego smertnosti i bessmertii) écrit en exil et montrant une connaissance approfondie des thèses matérialistes et naturalistes de son temps. Il exercera une influence décisive sur les décembristes et sera considéré comme leur précurseur par les démocrates révolutionnaires.

—  Jean-Louis VAN REGEMORTER

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Jean-Louis VAN REGEMORTER, « RADICHTCHEV ALEXANDRE NIKOLAÏEVITCH - (1749-1802) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 septembre 2017. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/alexandre-nikolaievitch-radichtchev/