ADAMITES

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Terme désignant les membres de deux sectes différentes, l'une gnostique, l'autre de la fin du Moyen Âge. La première eut pour fondateur Prodicus, disciple de Carpocrate (iie s.). Soucieux d'imiter Adam avant la chute, les adamites allaient complètement nus et c'est dans cet état qu'ils priaient et célébraient. Ils sont mentionnés par Épiphane, Clément d'Alexandrie, saint Augustin et Théodoret.

Le même mot servit à désigner plus tard, surtout depuis le xviiie siècle, des hérétiques de Bohême, les Pikarti ou Picards, qui, au xve siècle, constituèrent l'aile radicale du mouvement hussite. Venus de Picardie, où le Libre-Esprit s'était ranimé sous l'influence des Hommes de l'Intelligence, ils rejoignirent les taborites, entrèrent rapidement en conflit avec eux et furent exterminés en 1421 par Jan Žižka.

Après l'exécution de Jan Hus à Constance (1415), les taborites développent au sein du mouvement hussite une doctrine de type apostolique et égalitaire. Fondant sur les troubles de Bohême l'espoir de vivre selon leurs principes de liberté, des groupes de Picards qui fuient la persécution engagée contre les Hommes de l'Intelligence s'installent vers 1418 dans les régions de Žatec, Plzeň et Prague. Leurs idées influencent, en particulier Martin Húska, dit Loquis, qui prêche, dans la tradition millénariste, l'avènement d'un « nouveau royaume des saints sur la terre [où] les bons ne souffriront pas davantage ». Cependant, Húska se tient à l'écart de la tendance picarde, surtout quand les pratiques de Libre-Esprit suscitent l'hostilité des taborites orthodoxes. « À cause de cette hérésie, rapporte Laurent de Břczcová, les frères vivant à Tabor se scindèrent en deux fractions, l'une picarde, l'autre taborite. Le parti le plus fidèle, les taborites, expulsa plus de deux cents hommes et femmes infestés par l'hérésie picarde. »

De décembre 1420 à janvier 1421, la communauté picarde connaît une période d'autonomie et de liberté. Les chroniqueurs s'indignent des sermons prêchés dans les tavernes et de la licence, partout célébrée par Pierre Kaniš, le porte-parole du groupe, et ses amis (Rohan le Forgeron, Nicolas, dit Moïse, Adam, Marie). Les attaques se multipliant contre Kaniš, Jan Žižka, chef militaire des taborites, lance, vers la mi-avril, son armée contre le parti picard. Cinquante prisonniers, dont Pierre Kaniš, sont brûlés à Klokoty. Les survivants se regroupent et organisent la résistance sous la conduite de Rohan le Forgeron. Après de violents combats, Žižka les défait le 20 avril et envoie vingt-cinq prisonniers au bûcher. En octobre 1421, des Picards réfugiés dans une forêt des environs de Bernatice sont capturés et exécutés. D'autres occuperont pour un temps la forteresse d'Ostrov avant de gagner le Sud. De leur retraite date le reproche qui leur est adressé de piller les villages. Bien qu'hostile à l'extrémisme picard, Martin Húska fut victime de la terreur généralisée. Žižka le fit brûler à Roudnice avec son ami, Procope le Borgne.

Les adamites de Bohême semblent avoir professé l'édénisme prôné par les Hommes de l'Intelligence de Bruxelles, si l'on en croit Laurent de Břczcová : « Hommes et femmes se débarrassaient de leurs habits et allaient nus, disant que les habits avaient été adoptés à cause du péché commis par leurs premiers parents, mais qu'eux étaient dans un état d'innocence. » La culpabilité est abolie : « Ils s'imaginaient ne pas pécher si l'un des frères avait commerce avec l'une des sœurs. Et, si la femme accouchait, elle disait qu'elle avait conçu du Saint-Esprit. »

Le baptême n'existe pas, puisque les enfants sont conçus sans péché originel. De même, les sacrements n'ont aucun sens et toute autorité est niée. Chacun s'estimant être l'incarnation divine, ils prient le Dieu qu'ils possèdent en eux en disant : « Notre Père qui êtes en nous. » (Voir H. Kaminsky, « The Free Spirit in the Hussite Revolution », in Mellenial Dreams in Action, La Haye, 1962.)

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  • Écrit par 
  • Raoul VANEIGEM
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Dans le chapitre « Des amauriciens aux ranters »  : […] Jusqu'à plus ample information, il est d'usage de faire remonter le Libre-Esprit aux deux procès intentés, à Paris en 1209 et à Amiens en 1211, aux disciples supposés d' Amaury de Bènes, mort en 1207. Celui-ci s'était attiré la réprobation pontificale pour avoir affirmé que chaque homme est tenu de se considérer comme membre du Christ. Une simple abjuration mettra fin à une querelle qui semble n'a […] Lire la suite

Pour citer l’article

Raoul VANEIGEM, « ADAMITES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/adamites/