ANQUETIL-DUPERRON ABRAHAM HYACINTHE (1731-1805)

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Orientaliste français qui révéla à l'Europe les livres sacrés du zoroastrisme et de l'hindouisme. La curiosité des Européens pour les civilisations anciennes d'Orient (Perse, Inde...) date des premières découvertes de Marco Polo et de Vasco de Gama ; accrue au cours des siècles, elle entraîna Anquetil-Duperron à partir pour l'Inde (où la France tentait de prendre pied, pour d'autres raisons). Premier « explorateur de l'esprit », il se fixait pour tâche de retrouver les zoroastriens réfugiés en Inde et d'apprendre d'eux les secrets de leur religion. On devine l'intérêt que portaient à son entreprise les contemporains soucieux d'étendre le champ de leur investigation, et, au premier chef, Voltaire. La moisson d'Anquetil-Duperron fut extraordinaire : non seulement il découvrit que les parsis (zoroastriens de la région de Bombay) possédaient des livres sacrés, mais il rencontra aussi des lettrés hindous qui acceptèrent de lui ouvrir les leurs. Ainsi revient-il en France avec un double trésor : l'Avesta (livre sacré des zoroastriens) et une collection de cinquante Upaniṣads. Il s'était fait expliquer l'Avesta et il le publia en 1771, avec une longue préface expliquant ce qu'était ce livre et retraçant la vie du fondateur telle que l'enseignaient les prêtres parsis.

La déconvenue du parti des Philosophes fut grande : là où ils attendaient une philosophie utile à leurs desseins, ils découvraient un texte liturgique et dévot. Voltaire s'emporta disant que « l'abominable fatras que l'on attribue à ce Zoroastre » ne pouvait être qu'un faux. Anquetil-Duperron se défendit mal et ne put que s'aigrir de voir que le reste de l'Europe suivait Voltaire et qu'on le tenait pour un imposteur ! Quinze ans plus tard, il publia encore quatre Upaniṣads en français, puis s'enferma dans son cabinet pour rédiger son opus magnum : une traduction latine, abondamment commentée, des cinquante Upaniṣads qu'il avait rapportées. Ce fut le célèbre Oupnekhat (titre du livre), qui parut en deux grands volumes à Strasbourg en 1802.

Cette fois, l'Europe lui fit une large audience. L'Allemagne romantique surtout s'enthousiasma pour cette œuvre magistrale : Schopenhauer en fit son livre de chevet et y trouva, selon ses propres termes « la consolation de sa vie ». Anquetil-Duperron ne savait pas le sanskrit, mais il avait rendu en français, puis en latin, une traduction persane des Upaniṣads établie en 1656 à Delhi sur l'ordre du prince mogol Darah Shakoh. Par chance, cette traduction était extrêmement fidèle et, surtout, Anquetil-Duperron avait su se garantir en en discutant chaque mot avec des pandits (lettrés hindous). Dans ses Recherches sur l'Inde (1786), il écrivait : « La plupart des voyageurs se contentent de demander aux Brahmes [brahmanes] le fond de leurs dogmes, ce qu'ils croient sur tel ou tel objet ; quelques-uns vont jusqu'à se procurer des extraits de leurs livres théologiques. Les réponses, les extraits peuvent être exacts ; mais ils peuvent aussi être analogues aux circonstances, à l'esprit, aux vues de celui qui interroge. Le seul moyen de connaître la vérité est de bien apprendre les langues, de traduire soi-même les ouvrages fondamentaux et de conférer ensuite avec les savants du pays sur les matières qui y sont traitées, le livre en main. » On ne saurait mieux exposer la méthode à suivre lorsqu'on a affaire à une civilisation dont l'idéologie s'exprime dans des textes écrits : ni la simple observation extérieure des comportements ni la pure philologie de cabinet ne suffisent ; il faut allier l'une à l'autre et confronter sans cesse les résultats de la double enquête menée à la fois sur le terrain et dans les livres. Si l'on tient compte de l'époque où ces lignes furent écrites, on conviendra que les vues d'Anquetil-Duperron étaient géniales.

Il mourut cependant seul dans une demi-misère, due en partie au caractère peu commode qui était le sien. Pendant ce temps, cependant, les Anglais fondaient à Calcutta la Société asiatique et publiaient d'autres textes sanskrits ; en France, Eugène Burnouf (1801-1852), puis James Darmesteter (1849-1894) poursuivaient l'œuvre d'Anquetil-Duperron. Parmi les meilleures traductions du livre zoroastrien figurent, en langue française, celle de James Darmesteter (Le Zend-Avesta, Paris, 1892-1893) et celle de J. Duchesne-Guillemin (Zoroastre. Étude critique avec une traduction commentée des Gâthâs, Paris, 1948). Quant à l'Oupnekhat, traduit en allemand par Weber en 1850, il ne fut remplacé (à côté d'autres traductions faites directement à partir du sanskrit, mais fragmentaires) que par l'ouvrage de P. Deussen (Sechzig Upanishaden, 1897), qui ne manqua pas, un siècle après Anquetil-Duperron, de rendre un hommage justifié au pionnier des études indo-iraniennes.

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  • : docteur ès lettres, professeur à l'université de Lyon-III

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BURNOUF EUGÈNE (1801-1852)

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Orientaliste français, dont les travaux permirent pour la première fois en Europe de connaître la langue de l'Avesta, appelée alors le zend, Burnouf publia en 1826, en collaboration avec Christian Lassen, un Essai sur le pâli , et, l'année suivante, des Observations grammaticales sur quelques passages de l'essai sur le pâli . Sa grande œuvre fut ensuite le déchiffrement des manuscrits zend rapport […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jean VARENNE, « ANQUETIL-DUPERRON ABRAHAM HYACINTHE - (1731-1805) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/abraham-hyacinthe-anquetil-duperron/