Riche héritier d'une vieille famille anglaise, fils d'un fastueux lord-maire de Londres, membre du Parlement et pair d'Angleterre, William Beckford, précurseur du romantisme, appartient à la lignée des mystiques de l'enfer. À vingt et un ans, « infernal amant » de sa cousine et amoureux des jeunes garçons, il compose Vathek, un « conte arabe », imitation des contes orientaux à la mode de l'époque. À peu près au même moment, le marquis de Sade, dans sa prison, écrit Les Cent Vingt Journées de Sodome, Restif de la Bretonne compose ses Nuits de Paris et Casanova vieillissant rédige ses Mémoires.
Vathek a été composé directement en français. Le livre ne sera publié, d'abord dans la traduction anglaise, qu'en 1787. Mais Vathek, écrit peut-être au lendemain d'une orgie « satanique » de plusieurs jours, est plus qu'un simple divertissement de grand seigneur oisif. C'est, avant Byron qui l'appellera sa « Bible », avant Disraeli et dans la lignée de tous les Faust du Sturm und Drang, le récit d'un pacte avec le diable, l'histoire d'une descente aux enfers.
C'est aussi un récit inspiré de circonstances biographiques, dans lequel il est facile de reconnaître, sous les traits du calife Vathek, Beckford lui-même. Ce calife, neveu de Haroun al-Rachid, qui fait construire une tour de onze mille marches pour défier le ciel, c'est Beckford le révolté, celui qui, accusé de sodomie et de sorcellerie, crimes abominables dans l'Angleterre de l'époque, échappera de peu à la hache du bourreau mais sera banni de sa patrie. Ce prince sensuel et voluptueux qui édifie un palais pour chacun de ses cinq sens, c'est Beckford traînant derrière lui, dans son exil, tout un faste de musiciens, d'équipages et de cuisiniers. Ce calife qui se « voue au mal », mais qui retombe sans cesse dans le respect de la religion de ses pères, est le miroir des faiblesses et des hésitations de Beckford, qui s'est pourtant, lui aussi, voué à ce qu'il convient d'appeler le mal.
Mais plus profondément, c'est surtout à une descente vers […]
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