L'architecture anglaise reste étrangement méconnue en France. Or le développement de cet art au cours des quatre siècles qui vont de la Renaissance à l'orée des temps contemporains, de l'avènement d'Élisabeth à la mort de Victoria, prouve qu'à côté de l'Italie et de la France l'Angleterre fut une des terres les plus fécondes en grands praticiens et en monuments de premier plan. Il reste que l'extrême originalité des formes et des partis qu'elle mit en œuvre, alliée à de nombreux traits historiques spécifiques, peuvent en partie expliquer cette attitude, sorte de contournement d'un monde dont on ignorerait les clefs de lecture. Pourtant, de nombreux historiens britanniques ont depuis longtemps entrepris de brosser le tableau érudit et animé de leur paysage architectural ; il suffit de citer N. Pevsner, H. R. Hitchcock, J. Summerson et, plus récemment, le groupe de chercheurs réunis autour du Royal Institute of British Architects et de ses riches collections graphiques. Mais leur démarche, prise à l'intérieur d'une culture qui leur est familière, ne met pas toujours en perspective une production singulière, parfois paradoxale et qui, par exemple, échappe en partie à l'analyse stylistique traditionnelle plus ou moins valide pour les autres pays d'Europe. Très réceptive à certaines influences venues du continent, passionnée de culture classique et méditerranéenne, l'Angleterre a pu aussi manifester d'étranges résistances à d'autres mouvements de l'histoire du goût. Curieux phénomène que ce palladianisme, qui se confond presque avec la révélation du système classique des ordres, et qui devait à travers toute une lignée d'architectes devenir un des traits dominants de l'imaginaire anglais. Tout comme cette permanence du riche substrat gothique qui ne cessera à aucun moment d'inspirer les architectes jusqu'au revival du xixe siècle. Le terme même de revival dépasse d'ailleurs largement la signification de notre terne préfixe « néo- » par tout ce qu'il sous-entend de « retour à la vie », de « remise en vigueur […]
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