2. Le réformateur des sciences
« Réformer toutes les sciences en conformité avec la Nature et l'Écriture » – tel est l'ambitieux programme que le Campanella de la maturité s'est fixé pour répondre aux besoins d'un temps dont il décrira l'avènement avec de fortes connotations messianiques dans une lettre célèbre de 1632 à Galilée : « Ces nouveautés de vérités antiques, de nouveaux mondes, de nouvelles étoiles, de nouveaux systèmes, de nouvelles nations marquent le début d'un siècle nouveau. Que fasse vite Celui qui guide l'univers : nous le secondons en jouant notre modeste rôle. » Dès 1587, Campanella avait jeté les bases d'une méthode de recherche inédite (De investigatione rerum, perdu) qui, tournant le dos aux leçons abstraites des manuels scolaires, devait donner à l'homme la connaissance directe de la réalité. Et la Philosophia sensibus demonstrata (Naples, 1591), écrite pour défendre l'antiaristotélicien Bernardino Telesio (1508-1588), le rangera d'emblée dans le camp des « novateurs » que leur critique de la philosophie officielle cautionnée par l'Église romaine rendait a priori suspects en pleine période de réaction tridentine. Par là s'explique l'insistance du dominicain Campanella à déclarer licite la nécessaire refonte du savoir ancien remis en cause par plus d'un siècle de découvertes géographiques et astronomiques. Mais il ne veut pas seulement rejeter une philosophie fausse : il dénonce l'alliance contre nature entre l'aristotélisme païen et la théologie chrétienne (De gentilismo non retinendo, Paris, 1636). À ses yeux, le succès de la papauté sur le plan religieux dépend largement de la valeur des sciences qu'elle saura encourager : c'est dans ce contexte doctrinal et politique qu'il faut apprécier l'initiative courageuse – et infructueuse – que constitue l'Apologia pro Galileo, publiée à Francfort en 1622, six ans après sa composition.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 3 pages…



