3. La « physiologia » campanellienne
Bien qu'il se soit rangé en 1616 aux côtés de Galilée pour soutenir que l'autorité de l'Écriture ne peut pas être invoquée dans le domaine de la science de la nature, Campanella n'a jamais été un sectateur de Copernic, ni un adepte de Galilée, dont il a critiqué la physique d'inspiration atomiste. Sa propre philosophie de la nature, nourrie de platonisme et de télésianisme, veut rendre compte de la totalité des phénomènes de l'univers sensible – y compris les effets prodigieux consignés dans les ouvrages de magie naturelle d'un G. B. Della Porta (1535 ?-1615) – à partir de quelques principes fondamentaux : d'une part, la triade physique chaleur-froid-matière reprise à Telesio, complétée par une âme du monde réglant le jeu des forces cosmiques ; d'autre part, la triade métaphysique puissance-sagesse-amour, qui fonde le « pansensisme » campanellien. D'après la doctrine du sens des choses, tout être créé a été doté par Dieu d'un degré plus ou moins vif de sensus par quoi, se connaissant d'abord et connaissant ensuite les choses qui l'affectent en bien ou en mal, il peut assurer sa propre conservation. La connaissance de cette fin à laquelle sont ordonnés tout mouvement et tout repos observables dans le monde conditionne l'intelligibilité de l'ensemble des opérations naturelles, en même temps qu'elle rend celles-ci homogènes au regard du discours scientifique : démarche qu'illustre la mise en cause radicale de la distinction traditionnelle entre causes manifestes (accessibles à la raison) et causes occultes (par essence inintelligibles). Et si, ce faisant, Campanella accepte comme réelles et donc « sauvables » rationnellement les fables les plus grossières de la magie, c'est au nom d'un projet d'explication physique unitaire dont on retrouve l'équivalent, toutes choses égales par ailleurs, chez un tenant de la science nouvelle comme Descartes (cf. De sensu rerum et magia, Francfort, 1620).
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