La technologie culturelle se distingue de la technologie tout court en ce qu'elle tente d'établir les rapports entre les techniques et les phénomènes socioculturels. Un manuel décrivant le traitement des betteraves afin d'en extraire et cristalliser le sucre naturel relève de la technologie pure. Par contre, lorsque l'on cherche à analyser les transformations sociales dues à l'introduction de la betterave à sucre dans la campagne irlandaise, il s'agit de technologie culturelle. Parfois l'ethnologue est amené à fournir lui-même la base purement descriptive. Les techniques de filage et de tissage du coton dans un village indonésien sont à décrire et à inventorier minutieusement (technologie) avant que l'on puisse les situer par rapport à l'ensemble des procédés techniques et aux processus généraux de production (technologie culturelle).
Classer les techniques avant de les étudier n'est pas uniquement un problème formel. Les techniques obéissant à des lois d'évolution propres, constituer des ensembles cohérents est essentiel à la compréhension de cette évolution. C'est ainsi qu'étudier tous les marteaux puis tous les soufflets ne permettra de saisir ni les raisons de la transformation historique d'une forge dans un pays donné, ni la place des techniques de la forge parmi les techniques générales de métallurgie de ce pays. Il est donc nécessaire en l'occurrence d'opérer deux classements, partant chaque fois des outils et des matériaux eux-mêmes. Un premier classement ordonne les différentes manières de frapper et de modeler la matière : l'outil peut être posé d'abord sur le matériau, ce qui facilite la précision du geste ; il peut être lancé vers l'objet, ce qui augmente la force de la percussion ; ou, enfin, il peut être posé sur le matériau, puis frappé, ce qui allie la précision à la force.
Une fois mis en place les caractéristiques des outils d'après le type de percussion et les autres moyens (feu, eau, vent, force) de transformer la matière, il est possible de consti […]
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