3. L'évolution politique depuis l'indépendance
• De la « Révolution sociale » (1959-1961) au génocide (1994)
En novembre 1959, la Belgique met en route un processus d'autonomie interne. Mais la tension est montée au Rwanda depuis la mort subite de Mutara, en juillet précédent : un nouveau mwami, Kigeri Ndahindurwa, a été intronisé par les milieux les plus traditionalistes ; des partis politiques sont nés : le Parmehutu (Parti du mouvement de l'émancipation des Hutu) et l'Aprosoma (Association pour la promotion sociale de la masse) d'un côté, l'Unar (Union nationale rwandaise) et le Rader (Rassemblement démocratique rwandais) de l'autre ; à la Toussaint, des émeutiers coordonnés par le Parmehutu brûlent des milliers d'enclos tutsi ; en rétorsion, des jeunes proches de l'Unar assassinent des militants hutu.
Le pays est placé sous un régime militaire, géré par le colonel Guy Logiest, nommé résident spécial. Il remplace la moitié des autorités locales tutsi par des Hutu et organise les élections communales de juin 1960, qui donnent une majorité écrasante au Parmehutu. Le 28 janvier 1961, à Gitarama (au centre du pays), Grégoire Kayibanda, chef du gouvernement autonome créé en octobre 1960, fait proclamer la République par les nouveaux bourgmestres élus. Le mwami s'enfuit. Les élections législatives et le référendum de septembre 1961 entérinent le changement de régime et la prise de pouvoir du Parmehutu, avant même l'indépendance, qui intervient en juillet 1962, avec l'accord de l'O.N.U. La « démocratie du menu peuple » instaurée est celle des « 85 p. 100 de Hutu ».
Près de la moitié des Tutsi (environ 150 000) ont fui dans les pays voisins pour échapper aux violences. La mention de leur « ethnie » étant spécifiée sur leurs papiers d'identité, ceux qui sont restés dans le pays deviennent les boucs émissaires à chaque difficulté du régime. À la Noël de 1963, une attaque de réfugiés, qualifiés de cafards (inyenzi), dans le sud-est du pays, déclenche des milliers de morts en représailles, notamment dans la préfecture de Gikongoro. Dès cette époque, des observateurs parlent de « génocide » et le président Kayibanda menace […]
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