3. Images et symboles
Il est banal de parler de Pindare comme d'un grand visuel, voire d'un visionnaire. Cela est loin d'être faux. Mais il y a bien plus. Pour en juger, il faut se replacer dans la perspective religieuse archaïque, au temps où les dieux anthropomorphes n'occupaient pas encore le devant de la scène, où les forces de vie restaient au premier plan, où l'or et la lumière étaient en eux-mêmes sentis comme divins.
• L'or et la lumière
Le début de la Ire Olympique à Hiéron, à l'occasion de la victoire du célèbre étalon Phérénikos, met en parallèle l'or avec l'eau, le premier des biens : « L'or, semblable au feu flamboyant, répand son éclat dans la nuit. » La IIIe Olympique, en écho, répond que « l'eau est le premier des biens et l'or la plus noble entre les richesses ». Cette noblesse – faut-il le dire ? – n'a rien de vénal : le terme grec est un terme de vénération, employé pour les dieux et les rois. L'éclat de l'or est constamment associé chez Pindare aux couleurs les plus chaudes, le jaune et le rouge et leurs composés. « Blond » comme la chevelure des dieux et « d'or » ou « doré » sont à peu près synonymes. La pourpre et le safran s'y associent (cf. VIe Olympique), ainsi que l'éclair fulgurant de Zeus. Le souci du pittoresque est amplement dépassé, et l'on est amené à donner leur vraie valeur, une valeur sacrale, aux innombrables épithètes formées sur le nom de l'or, et que la poésie homérique connaît bien, mais avec une valeur affaiblie. Les mythologies de l'Égypte et du Proche-Orient ancien fournissent ici des rapprochements éclairants.
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