Au-delà de la signification commune, la multitude est un concept de la philosophie, et en particulier de la philosophie politique. Ainsi parmi les catégories aristotéliciennes est-elle considérée comme une entité sans rapport avec la cause formelle, la cause efficiente ou la cause finale qui permettent la compréhension de ce qui est. Le débat sur sa signification apparaît avec une force particulière en même temps que les controverses théoriques, philosophiques et pratiques qu'accompagnent les processus historiques du xviie siècle et la formation des États nationaux modernes. C'est ainsi que Spinoza, dans le contexte de sa conception théologique-politique (Traité théologico-politique, 1670), assume la multiplicité des singularités en la dotant d'une signification qui possède une dimension immanente et matérialiste, et qui interdit d'attribuer son existence à une puissance ordonnatrice extérieure à la réalité. La multitude apparaît alors comme un concept subversif bâti contre les théories de l'État et de la démocratie telles que les développaient les Protestants à l'époque de la monarchie absolue, en la restreignant à un ensemble de subjectivités tournées vers Dieu. Or, loin de relever de la métaphysique, les subjectivités s'expliquent comme le résultat de relations à l'intérieur de l'ensemble des singularités. Pour Spinoza, le concept de multitude se réfère à une pluralité qui se maintient au sein de la dimension publique, dans les occupations communes, sans qu'aucun mouvement centripète la fasse converger dans une unité. Cette forme d'existence sociale est permanente, et en tant que telle représente le fondement des libertés civiles.
Pour Thomas Hobbes au contraire, la multitude, si elle ne converge pas en une unité, représente une menace suprême pour la souveraineté de l'État. Inhérente à l'« état naturel », la multitude s'avère réticente à l'unité politique, et au transfert des droits au souverain. Antiétatique, la multitude est par là même antipopulaire : « Les citoyens, quand il […]
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