4. Le modèle dans les sciences sociales
Les diverses sciences sociales ont fait dans le passé un usage plus ou moins précoce et font aujourd'hui un usage plus ou moins systématique des modèles mathématiques. Cette circonstance tient à des facteurs divers : traditions des disciplines particulières, formation des chercheurs, implantation institutionnelle des disciplines. Malgré les résistances, on peut dire que le recours aux modèles mathématiques tend à s'étendre et à prendre une importance essentielle dans la plupart des disciplines. Cela est dû pour une part à ce que certains facteurs technologiques conduisent à un accroissement de la demande de modèles, pour une autre part à ce que les modèles mathématiques appliqués aux sciences sociales, d'abord frustes et souvent directement empruntés aux sciences de la nature, font de mieux en mieux la preuve de leur efficacité, pour conférer à ces sciences une discipline et un statut plus rigoureux.
• Les premières recherches
Les premières applications des modèles mathématiques à ce qui constitue aujourd'hui le domaine des sciences sociales sont anciennes. Elles remontent pour le moins au xviiie siècle, avec les travaux de Buffon sur l'« arithmétique morale », de Condorcet sur la décision des assemblées ou, plus tard, de Cournot sur les décisions des jurys correctionnels. En outre, la statistique mathématique, qui connaît, notamment depuis Laplace, un développement important, s'adresse souvent à des phénomènes relevant des sciences sociales et particulièrement de la démographie, de la sociologie et de la criminologie : les travaux de Ladislaus von Borkiewicz, d'Adolphe Quételet, de Wilhelm Lexis, de Denis Poisson ou de P. F. Verhulst sont au xixe siècle parmi les plus significatifs de cette tendance.
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