2. Un langage européen
Avec la colonisation romaine, la pantomime se répand dans les pays méditerranéens et d'Europe centrale. Les représentations, organisées pour des spectateurs de langues différentes, favorisent le renouvellement et le développement d'un théâtre de gestes compris par le plus grand nombre des habitants des peuples asservis. Après l'effondrement de l'Empire, au sein de structures sociales disparates et dispersées, les mimes peu soucieux de se soumettre au pouvoir en place reprennent leur liberté d'expression. Ils courent les fêtes populaires, paraissent et disparaissent sur les foires et, les siècles suivants, se mêlent aux pèlerinages, échappant aux entraves des autorités religieuses et poursuivant difficilement l'exercice régulier de leur profession. Aussi la mime ne put survivre que par tradition et ne trouva plus d'auteurs capables de lui fournir des thèmes d'inspiration. Charlemagne chassa de ses États les mimes accusés d'obscénité, les conciles les interdirent.
Plusieurs siècles durant, l'art du geste reparut sporadiquement chez les trouvères et les troubadours en des scènes chantées, de leur invention, allusives ou allégoriques.
La pantomime retrouva sa vogue à la fin du xvie siècle avec l'arrivée des comiques espagnols et italiens à la cour d'Henri III. La tradition castillane de représenter en intermèdes des farces à deux ou trois personnages était passée d'Espagne en Italie, excitant la verve bouffonne des plaisantins locaux de la péninsule qui parodiaient déjà les types singuliers de leur province et poussèrent la caricature jusqu'à créer des personnages particuliers ayant leur psychologie propre et leurs réactions personnelles. Venus en France et incapables, par ignorance des finesses de la langue, de donner au pouvoir des mots toute son intensité, ces comédiens utilisèrent d'abord le comique de gestes et d'attitudes pour s'exprimer et les personnages qu'ils animaient devinrent les héros de l'action théâtrale. Arlequin, Polichinelle, Cassandre, Matamore, le Docteur, […]
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