
Plus que tout autre, Miles Davis aura eu la durée. Plus que tout autre, il aura eu la permanence. C'est presque inchangé qu'il a traversé le bop, le cool, le hard bop, le free jazz, la pop music. Même l'usage de l'amplification électronique et de la sourdine wa-wa qu'il affectionne pendant les années 1970 n'est pas parvenu à altérer une voix qui trouve une jeunesse éternelle dans l'immobilité. Un masque impénétrable, une désinvolture à la limite de l'arrogance, une musique hautaine, comme aspirée par le silence : Miles Davis s'offre et se refuse à la fois dans de fascinantes extases solitaires.
1. The Young Rebel
Miles Dewey Davis, III, naît le 25 mai 1926 à Alton, dans l'Illinois. Le père est dentiste et le milieu aisé. Son enfance à Saint Louis (Missouri), où la famille est installée depuis 1927, est baignée de musique : on pratique le piano, le violon, on écoute Duke Ellington. À treize ans, Miles reçoit sa première trompette et fait ses débuts dans l'orchestre de son lycée. C'est tout naturellement qu'il s'insère dans la tradition des trompettistes de Saint Louis (Clark Terry, « Shorty » Baker, Joe Thomas, Irving « Mouse » Randolph). Son admiration va alors à Bobby Hackett et à Freddie Webster. Très tôt affluent les propositions d'engagement. Mais les parents tiennent aux études. Il entre cependant dans l'orchestre Blue Devils d'Eddie Randall (1941-1943). Son professeur, Elwood Buchanan, ancien trompettiste d'Andy Kirk, lui fait travailler la vélocité et l'encourage à jouer sans vibrato. En 1944, il rencontre Charlie Parker et Dizzy Gillespie à l'occasion d'une tournée à Saint Louis de l'orchestre de Billy Eckstine. C'est le tournant décisif de sa vie musicale. S'il s'installe à New York, c'est moins pour suivre les cours de la Juilliard School of Music que pour hanter la 52e Rue, où Charlie Parker l'a déjà pris sous son aile. En 1945, il enregistre ses premières plages avec « Bird ». Il l'abandonne en 1946 pour une tournée de cinq mois avec l'orchestre de Billy Eckstine. Dès son retour, en 1947, il fait partie de l'illustre quintette de Charlie Parker avec Max Roach, Duke Jordan et Tommy Potter.
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