L'influence considérable que Lennie Tristano va exercer sur le cours du jazz dès le milieu des années 1940 ne s'explique pas uniquement par l’extrême originalité de son jeu pianistique. Elle se nourrit aussi des lumineuses analyses de l'un des rares théoriciens que cette musique ait connus. Toute une génération de jeunes instrumentistes s'y est reconnue et n'a pas choisi d'autre maître. Les échos de cette voix très originale s'entendent sous les doigts de Bill Evans, de Cecil Taylor et dans les improvisations de Martial Solal.
Fils d'immigrants italiens, Leonard Joseph Tristano naît à Chicago le 19 mars 1919. À neuf ans, il devient aveugle. Sa mère, qui pratique le chant et le piano, guide ses premiers essais sur le clavier. Jusqu'à l’âge de dix-neuf ans, il suit une formation très complète dans un institut de jeunes aveugles de sa ville natale. Tout en poursuivant l'étude du piano, il aborde la composition, la direction d'orchestre et s'initie à divers instruments : saxophones ténor et alto, clarinette, guitare, trompette, batterie. En 1943, il obtient ses diplômes de piano et de composition de l'American Conservatory of Music de Chicago. Son parcours paraît alors assez chaotique : il joue du saxophone ténor et de la clarinette dans des orchestres de danse, dirige une formation de dixieland et enseigne à la Christiansen School of Popular Music.
Mais, progressivement, le piano devient son mode d'expression principal. Dès lors, les disciples affluent : Phil Woods, Lee Konitz, John LaPorta, Billy Bauer, Arnold Fishkin, Sal Mosca, Ronnie Ball, Bill Russo, bref, l'élite du jazz blanc de l'époque. En 1946, Tristano écrit quelques arrangements pour Woody Herman, constitue avec deux de ses élèves – le bassiste Arnold Fishkin et le remarquable mais méconnu guitariste Billy Bauer – un trio sans batterie, le Lennie Tristano Trio, et s'établit à New York, où il va participer avec enthousiasme aux batailles que le be-bop livre pour s'imposer ; il se produit avec les meilleurs musiciens de ce courant, au premier rang desquels Dizzy Gillespie et Charlie Parker
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



