On le porte aux nues ou on l'exècre. Il surprend, il dérange. Ses détracteurs l'estiment scandaleux, provocateur, iconoclaste. Selon ses inconditionnels, ce metteur en scène décape insolemment, revivifie les œuvres, bouscule les idées reçues et ses spectacles sont jubilatoires. Sa mère, Renate, était comédienne ; son père, Wolfgang, acteur, metteur en scène, directeur du Deutsches Theater de Berlin ; son frère aîné, Thomas, dirige aujourd'hui le même établissement. Matthias Langhoff, lui, résiste à l'institution. Il a failli diriger la Comédie de Genève, il a abrégé son contrat de directeur du Théâtre de Vidy-Lausanne et résilié celui de codirecteur du Berliner Ensemble peu après la réunification de l’A llemagne. La gestion ne lui sied pas. Il revendique son indépendance d'artiste.
1. Un parcours
Au Berliner Ensemble, où il fait son apprentissage et ses premières mises en scène, Matthias Langhoff refuse de muséifier Brecht et connaît un succès immédiat en montant Das kleine Mahagonny (Le Petit Mahagonny, 1963), Der Messingkauf (L'Achat du cuivre, la même année), Der Brotladen (Le Commerce de pain, 1967). À la Volksbühne de Berlin, il donne, tout en demeurant brechtien, libre cours à sa fantaisie. Il met en scène Wald (La Forêt, d'A. Ostrovski, 1969) en hommage à Meyerhold, rajeunit Die Räuber (Les Brigands, de Schiller, 1971) en écho au mouvement étudiant de 1968, crée Die Schlacht (La Bataille, de Heiner Müller, 1975). Dans la ligne de Grand-Peur et misère du IIIe Reich, La Bataille traite de la culpabilité allemande et met en garde contre une possible renaissance du fascisme. Un sujet brûlant qui divise le public. Ce qui n'empêche pas le spectacle d'être une fête pour les yeux et de regorger d'images esthétiques et de trouvailles comiques. Depuis ses débuts au Berliner Ensemble, Langhoff a fait équipe avec Manfred Karge. Ce tandem durera vingt ans, et ce n'est pas le moins surprenant. Les deux jeunes loups, qui ont acquis précocement une grande renommée, opèrent en complémentarité, via […]
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