2. Une vocation de décorateur
Fréquemment, le metteur en scène conçoit lui-même des espaces inédits : la patinoire avec rebord d'une piste de cirque pour Lieber Georg (Cher Georges, de T. Brasch, 1980), la croûte terreuse de Désir sous les ormes (E. O'Neill, 1992), où la charrue tirée par un cheval creuse son sillon. À ses débuts, il s'était contenté d'un plateau plat, y ajoutant parfois un tréteau. Bientôt, ses décors se compliquent d'étages, de gradins en amphithéâtre, d'escaliers ; ils envahissent les marges, s'avancent dans la salle. Et, comme cela s'est beaucoup pratiqué dans les années 1970, les sols se recouvrent de terre, de sable ou de bassins emplis d'eau. Les planchers, plantés de biais, se creusent de fosses, de chausse-trapes. Les parois prennent de l'oblique sur des pentes de plus en plus accentuées, en référence à l'école expressionniste et à l'état chaotique du monde. L'espace central, lui, est souvent vide, livré aux interprètes, subdivisé en zones par des éclairages savants – étudiés au Berliner Ensemble et devenus plus esthétiques depuis –, qui témoignent du sens pictural de cet artiste plasticien expert en coloris et en art des groupements. Des images scéniques font parfois référence au cinéma, et, dans Danse de mort (Comédie-Française, 1996), le discours intérieur des personnages est visualisé par des projections cinématographiques. Mais Langhoff reste attaché à l'artisanat théâtral. Il a du goût pour le plein air comme en témoignent les spectacles montés à Avignon (La Mission, 1989) ou à Épidaure (Les Bacchantes, 1997).
Pour Langhoff, le décor est surtout une machine à jouer destinée à faire fonctionner la pièce, à aider l'acteur. Il participe au récit scénique au même titre que les répliques, l'interprétation, les costumes, les objets ou la musique. L'acteur ne cesse d'accomplir des actions ; son commerce continu avec les accessoires produit du « vrai » sans tomber dans le réalisme. Humour, ruptures et collages subvertissent toute imitation du réel.
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