Après Fiodor Chaliapine et Enrico Caruso, qui sont les premiers à réunir les qualités propres à l'art lyrique au xxe siècle – une voix, certes, mais aussi l'expressivité et l'engagement dramatique –, une Geraldine Farrar dans le répertoire italien et une Lotte Lehmann avec Richard Strauss ont plus que d'autres compris ces nécessités nouvelles. Mais c'est la révolution opérée par Maria Callas qui va faire le lien entre les deux grandes divas romantiques, Giuditta Pasta et Maria Malibran, la dynamique enclenchée par Chaliapine et Caruso, et les exigences modernes d'un chant et d'un théâtre pour aujourd'hui. On ne chantera plus, après Maria Callas, comme on le faisait avant elle.
1. « Vissi d'arte, vissi d'amore »
Maria Callas est née à New York le 2 décembre 1923, sous le nom de Cecilia Sophia Anna Maria Kalogeropoulos, un nom imprononçable qu'elle changera pour en faire un véritable mythe, se forgeant une voix, une image et un destin. On connaît bien aujourd'hui l'histoire de la grosse fille mal aimée par sa mère, qui grandit dans un foyer désuni d'immigrés grecs venus en vain chercher fortune en Amérique. Mais le chant la fascine, elle passe des heures devant la radio, elle répète, elle chante, elle gagne un concours de quartier : c'est le prétexte qu'attendait sa mère pour revenir, en mars 1937, en Grèce, où le talent naissant de sa fille pourra mieux s'épanouir. En effet, après avoir travaillé avec la soprano espagnole Elvira de Hidalgo au Conservatoire d'Athènes, Maria débute le 27 août 1942 – elle a dix-huit ans – avec la troupe de l'Opéra d'Athènes, dans le rôle-titre de Tosca. En chantant l'air célèbre du deuxième acte, « Vissi d'arte, vissi d'amore » (« J'ai vécu d'art, j'ai vécu d'amour »), elle ne se doute pas qu'elle résume ainsi ce que sera toute sa vie.
Après ses premiers succès en Grèce – où elle interprète notamment Marta (Tiefland d'Eugen d'Albert), Santuzza (Cavalleria rusticana de Pietro Mascagni), Leonore (Fidelio de Beethoven) –, elle retourne en septem […]
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