4. Après Callas
Après Callas, il y a eu, et il y a encore nombre d'excellents chanteurs – mais tous, consciemment ou non, ont vu leur art transformé par ce qu'a apporté Callas à l'opéra. Qu'il s'agisse de Marilyn Horne, de Montserrat Caballé ou de Joan Sutherland, de Plácido Domingo, de Ruggero Raimondi ou de Renato Bruson, mais aussi bien de Régine Crespin, de Teresa Stratas ou de Gwyneth Jones, tous portent quelque part l'empreinte de la révolution opérée par Callas. Kathleen Ferrier, Elisabeth Schwarzkopf et, plus près de nous, Kiri Te Kanawa, Margaret Price et Luciano Pavarotti ont suivi un chemin différent, plus vocal et moins théâtral, et cultivé une expressivité portée par le seul rayonnement de leurs voix splendides ; mais le chemin ouvert par Callas les a tous marqués, même ceux qui semblent éloignés de son style, de Katia Ricciarelli à Leonie Rysanek ou de Barbara Hendricks à Mirella Freni, et les hommes aussi bien, de Jon Vickers à Samuel Ramey en passant par Gabriel Bacquier ou José Van Dam et tant d'autres.
On le voit bien avec les grands interprètes de la nouvelle génération, les Roberto Alagna ou Natalie Dessay, Cecilia Bartoli ou June Anderson, Béatrice Uria-Monzon ou Bryn Terfel, on ne peut plus concevoir une carrière lyrique qui se satisferait de la seule splendeur vocale : il y faut la dimension théâtrale, l'attention au texte, l'intelligence des rôles, il y faut des artistes complets. C'est rejoindre ainsi l'essence même de cet art que s'est voulu l'opéra dès son origine, dès son nom pluriel d'opera : être un spectacle total où la musique et le théâtre se nouent, se lient, se mêlent, portés par le décor, les costumes, la lumière, pour unir dans un même geste tout ce qui concourt à l'expression de l'émotion.
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