Les destinées douloureuses de Gaetano Donizetti et de son quasi-contemporain Vincenzo Bellini – le premier a sombré dans la folie, le second est mort très jeune dans des circonstances demeurées mystérieuses – ne doivent pas cacher l'essentiel : un savoir-faire exemplaire qui assure à l'œuvre de l'un et de l'autre une stabilité et une cohérence que n'ont eues ni celle de Rossini ni celle, plus ouverte sur l'avenir, de Verdi.
1. De Naples à Paris
Domenico Gaetano Maria Donizetti naît à Bergame (alors en république Cisalpine) le 29 novembre 1797. Ses quelque soixante-dix ouvrages lyriques, composés en moins de trois décennies, ne doivent pas éclipser une production qui a touché à tous les genres et à toutes les formes : il laisse notamment un important corpus de musique sacrée, des cantates, de la musique de chambre, des pièces pour orchestre... Ses premiers ouvrages représentés (parmi lesquels Enrico di Borgogna, 1818 ; La Zingara, 1822 ; L'Ajo nell'imbarazzo, 1824 ; L'Esule di Roma, 1828 ; Elisabetta al castello di Kenilworth, 1829) reflètent encore l'influence de Rossini. Anna Bolena (1830), qui témoigne pour la première fois de son originalité créatrice, lui vaut son premier triomphe ; cet ouvrage, ses deux grands opéras bouffes – L'Elisir d'amore (1832) et Don Pasquale (1843) – et Lucia di Lammermoor (1833) constituent ses quatre incontestables chefs-d'œuvre. Après avoir vécu à Naples – où il est directeur musical des théâtres royaux de 1828 à 1838 –, Donizetti se fixe en octobre 1838 à Paris. De ses cinq opéras sur des livrets français se détachent La Fille du régiment et La Favorite, présentés respectivement à l'Opéra-Comique et à l'Opéra en 1840. Le Kärntnertortheater de Vienne entend Linda di Chamounix en 1842 et Maria di Rohan en 1843. Mais, atteint d'une paralysie générale et de troubles mentaux qui nécessitent en 1846 son internement à l'hôpital psychiatrique d'Ivry, près de Paris (il est depuis longtemps syphilitique), Donizetti est ramené à l'automne de l'année suivante dans sa ville natale, où il meurt, le 8 avril 1848… ]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 3 pages…



