Carlo Maria Giulini est l'un des rares chefs d'orchestre du xxe siècle à avoir mené sa carrière selon sa propre volonté, en dehors de toute pression médiatique ou commerciale, par seul souci de la musique. Unanimement respecté et souvent vénéré dans sa période de maturité, il a suivi un cheminement introspectif qui a dérouté progressivement bon nombre de ses admirateurs ; engagé dans une recherche de la perfection impossible, montrant une soif de musique absolue sans compromis, son aspiration à conserver intacte la passion du concert l'a amené à limiter volontairement ses apparitions, jusqu'au jour où il a décidé de cesser de diriger.
1. Il gentilissimo
Carlo Maria Giulini, né à Barletta, dans le sud de l'Italie, le 9 mai 1914, passe une partie de son enfance à Bolzano, dans le Trentin-Haut-Adige, région d'où sa famille est originaire. Il étudie tôt le violon, et entre à seize ans à l'Académie de Sainte-Cécile de Rome, où il travaille le violon et l'alto avec Remy Principe, la composition avec Alessandro Bustini – un des maîtres de Goffredo Petrassi et de Bruno Maderna – et la direction d'orchestre avec Bernardino Molinari ; il se perfectionne en direction auprès d'Alfredo Casella à l'Accademia musicale Chigiana de Sienne. Engagé comme altiste à l'Orchestre de l'Augusteo de Rome, il joue sous la direction des plus grands chefs : Richard Strauss, Bruno Walter, Willem Mengelberg, Wilhelm Furtwängler, Otto Klemperer, Erich Kleiber, Victor De Sabata... Par conviction antifasciste, il se cache durant la Seconde Guerre mondiale pour échapper à l'incorporation dans l'armée italienne. Il célèbre la libération de Rome par les alliés, en 1944, en dirigeant un concert à la tête de l'Orchestre de l'Académie de Sainte-Cécile (nouvelle dénomination de l'Orchestre de l'Augusteo). Aussitôt engagé comme chef assistant de l'Orchestre symphonique de la R.A.I. à Rome, il y débute dans la direction d'opéra en 1945, avec une retransmission radio de Il Trionfo dell'onore d'Alessandro Scarlatti, et en devient premier chef en 1946.
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