Les foules n'ont pas le cœur assez vaste pour accueillir ensemble deux étoiles de première grandeur. L'impérieuse présence théâtrale et le prodigieux sens dramatique de Maria Callas finiront par éclipser le charme souverain de l'une des plus belles voix de l'après-guerre, celle de Renata Tebaldi. Aussi différents que leurs tempéraments, leurs répertoires naturels – la première, colorature virtuose, excelle dans le bel canto brodé par Bellini et Donizetti, la seconde est à son avantage dans Puccini ou Catalani – appartiennent pour l'essentiel à deux univers étrangers. Cependant, impresarios, directeurs d'opéras, folliculaires et partisans irréductibles n'ont eu de cesse d'attiser par tous les moyens la rivalité des deux divas, transformant leur confrontation dans les quelques rôles qu'elles se disputaient – Violetta, Tosca, Aïda – en combat sans merci. La vie mouvementée de la Callas, amplifiée par la presse à scandale, a bientôt rejeté au second plan le génie plus discret de la Tebaldi, en qui Toscanini reconnaissait « la voix d'un ange ».
1. L’ingratitude milanaise
Renata Ersilia Clotilde Tebaldi voit le jour le 1er février 1922 à Pesaro, ville natale de Rossini, et commence l'étude du piano puis celle du chant au Conservatoire Arrigo Boito de Parme. En 1940, elle retourne à Pesaro suivre les leçons de Carmen Melis, brillante représentante de l'école vériste. Le 23 mai 1944, elle fait d'éclatants débuts à Rovigo, dans le rôle d'Elena (Mefistofele de Boito). Elle se produit à Parme puis triomphe en 1945 à Trieste dans Desdemona (Otello de Verdi). Toscanini, conquis, l'appelle pour le concert qui marque la réouverture de la Scala de Milan en 1946. Elle y chante la prière Dal tuo stellato soglio de Mosè in Egitto de Rossini et la partie de soprano du Te Deum de Verdi avec un tel succès qu'elle est engagée sur le champ pour sa première incarnation wagnérienne, Elsa (Lohengrin). Pesaro entend sa première Tosca (1947) et La Fenice de Venise sa première Violetta (La Traviata, 1948). Le Mai musical florentin l'ac […]
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