Metteur en scène italien parmi les plus importants du théâtre contemporain et qui a exercé une influence non négligeable sur l'évolution de l'écriture scénique, Giorgio Strehler, né à Barcola, près de Trieste, a été le réformateur de la scène italienne, dont il est devenu la figure de proue. Diplômé de l'Accademia dei Filodrammatici en 1940, Strehler commence sa carrière comme acteur et travaille dans plusieurs compagnies itinérantes. Il signe sa première mise en scène (trois actes uniques de Pirandello) à Novara en 1943. Mais c'est en Suisse, où il s'est réfugié, qu'il affirme sa vocation de metteur en scène en montant Caligula d'Albert Camus (1945). De retour en Italie à la fin de la guerre, il devient critique théâtral à Milano Sera, tout en jouant et en mettant en scène des textes de Pirandello, Camus et Eliot. En mai 1947, il fonde à Milan, avec Paolo Grassi, le Piccolo Teatro, premier théâtre stable d'Italie, à vocation populaire et culturelle, dont le nom évoque le Maly Teatr, le Petit Théâtre que Stanislavski fréquente à ses débuts. Dès lors, à l'exception d'une période assez courte et de son travail à l'opéra, la vie de Strehler se confond avec celle du Piccolo Teatro que Bernard Dort a qualifié d'« exemplaire » et qui devient un modèle pour la scène européenne. Pendant ses premières années d'activité au sein de cette institution, c'est-à-dire de 1947 à 1955, Strehler monte jusqu'à dix spectacles par an, poussé par une volonté de recherche sur des textes contemporains et de redécouverte d'une tradition italienne oubliée. Le succès immédiat de son Arlequin serviteur de deux maîtres de Goldoni (dont il réalisera huit versions qui tiennent l'affiche pendant cinquante ans) vaudra à Strehler et à son théâtre une renommée internationale. Cette double exploration va lui permettre d'élaborer une féconde réflexion sur un style de jeu moderne et de jeter les bases d'un nouveau répertoire.
1. Sous le signe de Brecht
Au milieu des années 1950, le travail de Strehler prend un tournant décisif. Avec la trilogie de La Villégiature […]
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