2. L'écrivain et le pouvoir
Lorsque Bonaparte prend le pouvoir, Mme de Staël voit en lui l'homme qui sauvera la Révolution. Quand elle publie, en mai 1800, De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions, elle désespère déjà. Dans ce livre, elle fait coïncider préoccupations politiques et préoccupations littéraires en un plaidoyer pour les Lumières et pour la perfectibilité. Une voie est ouverte à l'étude des rapports de la littérature avec la société et la politique. Elle propose aussi de puiser des thèmes nouveaux dans le passé national, réhabilite le Moyen Âge chrétien et démontre la stérilité à laquelle les règles élaborées par l'âge classique condamnent la littérature, thème repris dans ses ouvrages ultérieurs. Le livre est mal accueilli par le nouveau maître qui n'aime pas les remises en question, et par les milieux réactionnaires en politique et en littérature.
Aussi l'époque suivante est-elle vouée à une lutte perdue d'avance. Bonaparte trouve Mme de Staël trop influente auprès des opposants regroupés autour des généraux Bernadotte et Moreau. En 1803, il la chasse, la plaçant dans la situation désespérante de qui mendie la permission de vivre en son lieu d'élection.
Dans ces années s'affermit en elle l'idée que l'écrivain a un rôle à jouer et que le génie peut aussi bien triompher par la pensée que se réaliser dans l'action. Cela ne peut convenir à Napoléon ; il la classe parmi les irréductibles. L'erreur pour elle a été de croire qu'à force de montrer du talent elle convertirait l'empereur à ses idées ; autre erreur d'imaginer qu'il l'accepterait à Paris sans qu'elle donnât des gages.
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