Louis XI, roi de France de 1461 à 1483, fut longtemps malmené par les chroniqueurs, les historiens et l'opinion publique. De son vivant ou au lendemain de sa mort, les partisans de son père, comme Thomas Basin, évêque de Lisieux, ceux de son grand adversaire le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, de ses ennemis, grands seigneurs humiliés tel son beau-fils le duc d'Orléans, le futur Louis XII, le dépeignent comme un tyran cruel et sans foi. Son conseiller Commynes ne corrige que partiellement ce portrait, car s'il reconnaît au roi de grandes qualités – le sens et sagesse et la vertu ou force d'âme – il ne cache pas les défauts du roi qu'il présente comme un personnage désacralisé, « un homme parmi d'autres, un roi dur dans un monde dur » (J. Dufournet) et qu'il dépeint selon le nouveau modèle des politiques italiens de l'époque : machiavélique avant Machiavel.
Les philosophes du xviiie siècle voient en lui un symbole des dernières fumées de l'obscurantisme médiéval (Voltaire, Diderot) et, si les romantiques (Casimir Delavigne, Victor Hugo et surtout Walter Scott dans Quentin Durward) lui reconnaissent du caractère, et même du génie, c'est un génie démoniaque. Louis XI est une incarnation du Méphistophélès de Goethe.
Michelet marque un tournant dans l'historiographie de Louis XI. Certes, le roi reste un tyran « sans être pire que la plupart des rois de cette triste époque », mais il fut l'ennemi d'un mal plus grand que la tyrannie, la féodalité. Concession prudente, car le bilan du règne, pour Michelet, est largement négatif. Parce qu'il a réussi, Louis XI assoit « pour longtemps, l'admiration de la ruse et la religion du succès » et, finalement, il a servi la cause posthume de la féodalité : « La féodalité, ce vieux tyran caduc, gagna fort à mourir de la main d'un tyran. »
Déjà perce chez Michelet l'idée de la modernité de Louis XI. C'est ce que les historiens et les écrivains ou cinéastes, depuis la fin du xixe siècle, aiment à souligner. « Le roi Louis, c'est un h […]
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