La notion de liberté de conscience est particulièrement délicate à appréhender, en raison de son épaisseur sémantique, historique et géographique. Mettant en jeu deux concepts complexes, et déjà âprement controversés au cours des siècles, la liberté et la conscience, sa définition a fait l'objet de multiples débats qui ne sont pas épuisés encore aujourd'hui. Elle entretient par ailleurs des liens étroits avec les notions voisines de liberté de religion, de liberté d'opinion, de liberté de culte et de tolérance, avec lesquelles elle a été parfois confondue. En raison de l'importance actuelle et des enjeux historiques, idéologiques et théologiques attachés à cette notion, il importe de retracer les étapes de sa construction au cours de l'histoire du monde occidental dans lequel elle s'est d'abord développée.
1. Ce qu'est – et ce que n'est pas – la liberté de conscience
Si l'on admet que la liberté est le droit que possède l'homme d'agir selon son gré et non sous la pression d'une contrainte extérieure et que la conscience se définit comme le sentiment que l'homme a de lui-même ou de son existence, la liberté de conscience pourrait alors se caractériser par la faculté laissée à chacun d'adopter librement les doctrines religieuses ou philosophiques qu'il juge bonnes, et d'agir en conséquence de ce choix. C'est cette acception qui a été retenue dans l'article 18 de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, qui affirme : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites. » Comme on peut le voir, les différentes notions énumérées dans cet article ne sont pas clairement différenciées, ce qui témoigne d'un certain embarras de l'énonciateur, ou tout au moins d'une volonté de préserver l'uni […]
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