Les polémiques déclenchées par la proposition de faire une mention explicite des « racines chrétiennes » de l'Europe dans le Préambule du projet de Constitution en 2004 et 2005, ou encore certains aspects – réels ou supposés – du débat sur l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, ont eu le mérite d'attirer l'attention sur la « laïcité » du projet européen, sur sa capacité et sa volonté de définir pour l'Union un régime institutionnalisé des religions. Comprendre cette nouvelle « question laïque » à l'échelle européenne requiert, avant d'apprécier les définitions et normes adoptées, de partir de la réalité sociologique.
Par sa difficulté de traduction dans les diverses langues européennes, le mot français « laïcité » indique d'emblée qu'il ouvre plus un champ de débats et de controverses qu'il n'apporte de solutions, et cela dans une situation que l'on pourrait qualifier de crise.
Crise de l'Europe institutionnelle tout d'abord, qui est particulièrement visible. Alors que les traités précédents (Maastricht, 1992 ; Amsterdam, 1997 ; Nice, 2000) avaient pu être ratifiés et concrétisaient la construction progressive de l'Europe, le traité de Bruxelles portant Constitution pour l'Europe (2004) ouvre une période d'incertitude avec le rejet français de sa ratification (référendum du 29 mai 2005) puis le refus néerlandais. Il a fallu attendre l'élection présidentielle française de mai 2007 pour que des négociations s'engagent et aboutissent au traité de Lisbonne (13 décembre 2007), qui n'est pas un nouveau traité mais un ensemble complexe d'amendements aux anciens traités, consistant en trois documents : le traité sur l'Union européenne (T.U.E.), le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (T.F.U.E.) et la Charte des droits et libertés. Finalement ratifiés par tous les États, ces textes sont entrés en vigueur le 1er décembre 2009.
En crise également les Églises et les religions du Vieux Continent : si les Églises « historiques » connaissent une désaffection sans pré […]
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