3. Leur influence
Quoi qu'il en soit, les Sept Sages devinrent, au ive siècle, très célèbres, non seulement dans la littérature, mais aussi dans la peinture où ils ont joué un rôle iconographique de premier ordre dans tout l'Extrême-Orient, et cela jusqu'à nos jours. Ils furent à cette époque aussi l'objet d'un culte à Shanyang où il reste encore aujourd'hui des traces de temples tutélaires. D'autre part, on a trouvé en 1960, près de Nankin, un tombeau dont les murs sont couverts de bas-reliefs moulés sur briques représentant leurs images. Il est clair que déjà à la fin du ive siècle on attribuait aux Sages une signification particulière que les œuvres écrites à leur sujet expliquent. Aussi différents que paraissent les Sept Sages quand on examine leurs œuvres ou leurs biographies, à un moment donné de leur vie au moins, ils semblent avoir été partisans d'un genre de taoïsme à tendance mystique qu'on a appelé l'école de la Nature, ou de la Spontanéité (ziran). Leurs réunions sous les bambous symbolisaient leur amour de la nature ; leurs beuveries et leur comportement libre, leur affranchissement des rituels et des servitudes politiques. Ils étaient libres des conventions, mais ils n'étaient pas licencieux : un demi-siècle plus tard, des jeunes gens qui se disaient leurs émules et s'appelaient les « Huit Affranchis » (ba da) ont dégénéré en véritables hippies avant la lettre. Dans une civilisation aussi monolithique que celle de la Chine, où tous les mouvements de la vie, toutes les pensées, ont été sujets à des pressions d'une tradition quasi totalitaire, ces Sept Sages de la Forêt de Bambous ont fourni l'exemple d'un précieux correctif.
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