Dans les films américains, qui relèvent d'un cinéma du comportement, les personnages se déterminent par leurs attitudes, leurs actions, leurs réactions. Une exception cependant : les protagonistes des films de Joseph Mankiewicz qui, eux, se déterminent par la parole. Celle-ci est si présente, voire omniprésente, dans ses films, elle apparaît si nécessaire, que, dans Cinquante Ans de cinéma américain, Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon assurent que « si le cinéma parlant n'existait pas, Joseph Mankiewicz l'aurait inventé ».
1. Un cinéma de la parole
Joseph Leo Mankiewicz est né à Wilkes-Barre, en Pennsylvanie, le 11 février 1909. Après des études de lettres anglaises à la Columbia University, il s'installe, en 1928, à Berlin où il assiste le correspondant du Chicago Tribune, puis traduit en anglais les intertitres de films produits par la U.F.A. De retour aux États-Unis, en 1929, il est pris sous contrat à la Paramount par l'entremise de son frère Herman. Il rédige les intertitres de neuf films, puis collabore au scénario de dix-huit autres, dont deux pour R.K.O. En 1933, il entre à la M.G.M., où, après avoir été scénariste sur quatre films réalisés par W. S. Van Dyke et King Vidor, il devient, en 1936, producer. Il produit alors près de vingt films, parmi lesquels Fury (Furie) de Fritz Lang (1936), Three Comrades (Trois Camarades) de Frank Borzage (1938), The Philadelphia Story (Indiscrétions) de George Cukor (1940) et Woman of the Year (La Femme de l'année) de George Stevens (1941). Passé, en 1943, à la 20th Century Fox, il y fait, après avoir écrit et produit The Keys of the Kingdom (Les Clés du royaume) de John Stahl (1944), ses débuts de réalisateur grâce à Ernst Lubitsch. Il va tourner onze films jusqu'en 1953, date à laquelle, après avoir travaillé pour la M.G.M., il crée sa société de production, Figaro Inc. Elle sera rachetée, à la limite de la banqueroute, par la Fox quand le metteur en scène sera engagé, sur les conseils de Liz Taylor, pour reprendre Cleopâtre. L'insuccès […]
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