Il n'y a ni retour à la tradition de la qualité, ni avant-gardisme dans le cinéma très populaire de Bertrand Tavernier, que les Anglo-Saxons qualifient de « nouveau traditionaliste », et pour qui chaque film est un défi à relever. Sa personnalité déborde la réalisation, que ce soit par la publication, avec Jean-Pierre Coursodon, de la somme incontournable qu'est 50 Ans de cinéma américain (1991), ou par son engagement politique public tour à tour pour la lutte contre le sida, contre les mines antipersonnel, contre les lois Pasqua-Debré (ce qui l'amène à réaliser pour la télévision en 1997, avec son fils Niels, De l'autre côté du périphérique)...
Bertrand Tavernier est tout d'abord un cinéphile, né à Lyon le 25 avril 1941, fils de l'écrivain René Tavernier qui, sous l'occupation, publia, dans sa revue Confluences, Aragon, Michaux, Giraudoux... Il est passionné par le cinéma dès l'âge de douze ans. Étudiant, il fréquente la cinémathèque et fonde un ciné-club (le Nickel Odeon). Son érudition le pousse vers les genres méprisés (péplums, films de cape et d'épée, mélodrames) ou les cinéastes de série B négligés, avec une prédilection pour les victimes du maccarthysme, et l'amène à collaborer dès 1960 avec les journaux et les revues les plus opposées.
Assistant de Jean-Pierre Melville, réalisateur de deux sketches en 1962-1963, attaché de presse persuasif, il fait appel, pour L'Horloger de Saint-Paul (1974), d'après Georges Simenon, aux deux scénaristes les plus vilipendés par le jeune Truffaut, Jean Aurenche et Pierre Bost. Réalisé grâce au soutien de Philippe Noiret, le film conte la tentative d'un père, de gauche mais embourgeoisé, pour regagner l'estime de son fils qui a tué le responsable d'une milice patronale.
Les films historiques de Tavernier ne visent pas seulement à l'exploration du passé mais l'utilisent pour parler des problèmes d'aujourd'hui. Évocation du temps de la Régence, Que la fête commence (1975) décrit la décomposition de la société française sous Giscard d'Estaing, à une époque de libération des mœu […]
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