Héritier de l'école de Nancy, Jean Prouvé est l'un des grands inventeurs de structures de l'architecture du xxe siècle. Il a défini, à partir de la tôle d'acier, un langage constructif élégant et rationnel qu'il n'a cessé de perfectionner tout au long de sa carrière. D'abord ferronnier d'art, puis ingénieur et industriel, il a mis au point, dans ses ateliers nancéiens, de nombreuses solutions techniques innovantes. Ses créations, qu'il s'agisse de mobiliers, de panneaux de façade ou de bâtiments complets, comptent parmi les témoignages les plus significatifs de la période moderne.
1. L'apprentissage
Né le 8 avril 1901 à Paris, Jean Prouvé passe son enfance à Nancy dans un milieu intellectuel et artistique imprégné d'idées réformatrices. Son père, Victor Prouvé, et son parrain, Émile Gallé, ont fait de la capitale lorraine l'un des hauts lieux du rapprochement de l'art et de l'industrie. Pour ces protagonistes du mouvement Art nouveau, la pensée créatrice, quel que soit son domaine, doit s'appuyer sur une solide connaissance des techniques. Jean Prouvé retiendra la leçon de ses aînés. En 1917, il entre en apprentissage chez le ferronnier parisien Émile Robert, dont il devient le meilleur forgeron. « J'étais alors capable de forger n'importe quelle pièce, petite ou grosse, de me servir d'un marteau-pilon. » Après un passage chez Raymond Subes, il complète sa formation chez le ferronnier hongrois Szabo. Durant toute cette période, il mène une existence double, partageant, le jour, le labeur des ouvriers, côtoyant, le soir, dans le salon familial, des intellectuels et des artistes qui rêvent de bâtir un monde plus juste. Jean Prouvé gardera des attaches dans ces milieux en apparence si opposés.
En 1924, il fonde son propre atelier de ferronnerie à Nancy (rue du Général-Custine). Il travaille d'abord pour le compte d'architectes locaux tels que Paul Charbonnier, Pierre Le Bourgeois, Jean Bourgon, puis, à partir de 1926, pour Robert Mallet-Stevens. L'architecte parisien lui com […]
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