Bien plus célèbre pour son projet de cité industrielle que pour ses quelques réalisations, Tony Garnier est un extraordinaire précurseur ; il est le premier grand urbaniste moderne. Ses propositions seront reprises, analysées, critiquées par tous les architectes des années vingt.
Né dans un quartier populaire de Lyon, Garnier fait ses études dans sa ville natale dont l'atmosphère intellectuelle contribua pour beaucoup à sa formation (socialisme et préoccupations urbanistiques). Lyon est en effet l'une des premières villes à avoir voulu planifier la construction ; dès avant la municipalité d'Édouard Herriot avec lequel Garnier collaborera étroitement, l'accent avait été mis sur les problèmes de l'habitation ouvrière, les conditions d'hygiène, la construction des groupes scolaires et leur implantation dans chaque quartier. En décembre 1889, Garnier est admis à l'École des beaux-arts à Paris dont l'atmosphère est réactionnaire ; cependant, de l'enseignement de Paul Blondel (dont Perret est aussi l'élève) et de Guadet, il tire certaines conclusions qui feront la force de ses futurs projets : le principe, notamment, d'« élasticité » d'un plan qui permet de changer certains détails (et prévoit l'accroissement d'une partie) sans modifier la composition d'ensemble. Dès 1894, Garnier se présente au concours du prix de Rome : il n'en recevra le premier grand prix qu'en 1899 pour sa sixième tentative, pensant naïvement : « Pour pouvoir dire quelque chose, il me fallait d'abord être prix de Rome. »
À la villa Médicis, Garnier ne remplit pas ses obligations (il s'agissait de reconstitutions archéologiques de bâtiments anciens), bâcle le travail requis par l'Académie et envoie dès 1901 comme supplément « deux feuilles représentant en plan et en vue générale une cité qui ne correspond en rien à ses obligations de pensionnaire ». Les plans ne sont pas montrés à Paris, car ils sont « trop » modernes, et Garnier, déçu, continue de travailler à sa Cité sans tenir compte du jugement offi […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



