Né à Paris, fils et neveu d'architecte, Eugène Beaudouin fit ses études à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris dans l'atelier d'Emmanuel Pontremoli, archéologue qui passait une grande partie de son temps sur des chantiers de restauration. Premier grand prix de Rome en 1928, Beaudouin fait, à partir de la Villa Médicis, de longs déplacements de recherche dont il présentera les résultats à l'Académie des beaux-arts, en particulier un relevé des monastères byzantins du mont Athos et une reconstitution d'Ispahan au xviie siècle.
Après son séjour réglementaire de trois ans à Rome, il prend la succession de son père et s'associe avec Marcel Lods, lui aussi ancien élève de l'École de la rue Bonaparte. Pionniers de l'industrialisation du bâtiment, les deux hommes seront engagés dans les entreprises de constructions à usage collectif les plus significatives de l'entre-deux-guerres.
Séparé de Marcel Lods à partir de 1941, Beaudouin poursuivra seul son œuvre. Nommé après la guerre professeur à l'École des beaux-arts, il sera architecte en chef des bâtiments civils et des palais nationaux et membre de l'Institut. Jamais il n'abandonnera ses préoccupations premières, toujours à l'échelle de la cité : sa création la plus importante de l'après-guerre est la résidence universitaire d'Antony ; il établira des plans d'urbanisme pour La Havane, Capetown et Saigon.
Beaudouin aurait pu s'affirmer comme un « maître » dans la tradition éclectique ou néo-classique du xixe siècle, amoureux de la belle stéréotomie et pourfendeur du béton, « matériau bolchevik », dans les revues des tenants de l'académisme. À l'opposé, il a accumulé les expériences les plus audacieuses et rejeté d'emblée, sans jamais y revenir, le vocabulaire archéologique des colonnes, frontons et péristyles auquel même un Auguste Perret — qui pourtant n'avait pas voulu aller jusqu'au bout de ses études d'architecture — ne parviendra pas à renoncer.
En 1930, Beaudouin et Lods se mesurent à leur premier chantier, la cité du Champ des Ois […]
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