On reconnaît aujourd'hui en Say l'un des promoteurs de la pensée libérale. Les questions qu'il a posées, encore discutées dans tous les pays, comme sa fameuse « loi des débouchés », dépassent le cadre de l'histoire des idées économiques. D'autres points de vue sur les fondements sociologiques du développement économique conservent parfois une certaine actualité ; Say se trouve en effet à un carrefour privilégié de la pensée, et il a connu des courants d'idées, dont ses contemporains faisaient mal la synthèse, au moins en France. Il appartient tout d'abord à cette « génération de la liberté » stimulée par la Révolution, qui assiste, dans le domaine économique aussi, à des bouleversements considérables. C'est, en outre, un protestant qui étudie l'Angleterre, laquelle vit, bien avant la France, sa révolution industrielle. Il est enfin un « praticien de l'économie ». Mais cet industriel, que H. J. Davenport appelait « le moderne des modernes », sait appliquer les sciences exactes à ses activités concrètes, et il s'efforce de concilier un rationalisme abstrait et un réalisme toujours en éveil.
1. Libéral et révolutionnaire
Jean-Baptiste Say naquit à Lyon ; il commença sa carrière comme commis de banque, et alla dès l'âge de dix-neuf ans en Angleterre, où il assista avec enthousiasme à la « révolution industrielle ». Il admire vivement l'ouvrage d'Adam Smith, La Nature et les causes de la richesse des nations ; aussi, dans son Traité d'économie politique... (1803), Say opère-t-il une synthèse entre le libéralisme économique de Smith et les idées politiques et philosophiques de la Révolution française, qu'il avait louées dans une revue, La Décade. Pendant l'Empire, qu'il refuse de soutenir, il devient filateur de coton, et son entreprise prospère, mais ce n'est qu'à la Restauration qu'il peut à nouveau publier ; son Traité connaît alors de multiples éditions. Nommé en 1819 professeur au Conservatoire des arts et métiers, il édite en 1828 et 1829 les leçons qu'il y a données sous le titre :
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