1. Du fascisme à la démocratie (1945-1947)
• Les apparences et la réalité
L'Italie libérée le 25 avril 1945 de l'occupation allemande et du régime fasciste semblait présenter tous les caractères prérévolutionnaires : une situation économique et sociale désastreuse (chômage, pénurie, inflation galopante), une aspiration à de profonds changements après vingt ans de dictature, une forte présence sociale et culturelle du Parti communiste.
En réalité, de nombreux obstacles internes et internationaux limitent les possibilités de transformation radicale. La Résistance a été le fait d'une élite bourgeoise et ouvrière de l'Italie du Nord, les grandes masses paysannes, surtout celles de l'Italie du Sud, étant restées à l'écart. Et le « vent du Nord », face aux pesanteurs sociales et culturelles de l'Italie profonde, se révèle vite impuissant à faire place nette à une Italie nouvelle. On le voit lors du référendum institutionnel du 2 juin 1946 lorsque la république ne l'emporte que par 12 718 641 voix contre 10 718 502 à la monarchie, majoritaire dans toutes les provinces au sud de Rome, sauf une, Trapani.
Mais l'obstacle majeur est d'ordre international. La péninsule fait partie du bloc occidental qui se forme dès la fin de la guerre. Et les Anglo-Saxons, dont les troupes occupent le pays jusqu'à la signature du traité de paix, sont bien décidés à s'opposer, au besoin par la force, à toute tentative subversive. De son côté, l'U.R.S.S. n'a pas l'intention d'apporter le moindre soutien armé à l'établissement d'une démocratie populaire hors de sa zone d'influence (l'exemple grec le montre clairement).
Le Parti communiste a vite compris cette double hypothèque qui pèse sur un changement radical. Son chef, Palmiro Togliatti, rentré en Italie le 27 mars 1944, écarte d'emblée toute action révolutionnaire et mise sur une conquête légale du pouvoir, au prix de compromis qui ne seront pas toujours bien compris de la base ou des intellectuels. Le ton est donné dès le lendemain de son retour par la d […]
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