9. L'Italie de l'alternance
• Le succès de Berlusconi en 1994
Le 13 janvier 1994, Ciampi remet sa démission au président de la République qui convoque des élections anticipées pour les 27 et 28 mars. Quelques jours plus tard, Silvio Berlusconi, le patron de la Fininvest, la holding propriétaire notamment de Mediaset qui contrôle trois chaînes de télévision très populaires, d'un grand groupe éditorial et du club de football du Milan A.C., annonce depuis sa propriété d'Arcore (Lombardie), dans une allocation télévisée inédite, sa décision de proposer sa candidature. Son entreprise est fortement endettée et lui-même est en butte à d'importants tracas judiciaires. Aussitôt, un parti, Forza Italia, est constitué à partir de sa holding, la Fininvest, en utilisant ses ressources et ses hommes, et une formidable opération de marketing, fondée, entre autres, sur l'utilisation systématique de la télévision et la personnalisation à outrance de la politique, se déploie dans toute la péninsule, révolutionnant la communication publique. Berlusconi, qui se présente comme un homme neuf alors que ses affaires ont prospéré grâce aux protections et à l'aide de son ami socialiste Bettino Craxi, assume une ambivalence qui se révèle payante. Il se veut le chevalier de la modernité, du libéralisme, de l'économie de marché, mais également le défenseur des traditions familiales et religieuses. Il revendique une fierté nationale tout en se proclamant européen. Il dénonce ses ennemis — les communistes, les juges, les journalistes —, mais entend rassembler les Italiens. Il prétend incarner le changement et, dans le même temps, veut assurer le retour à la normale après des années d'incertitude et d'inquiétude. Enfin, il multiplie les promesses, expliquant qu'un entrepreneur expérimenté saura relancer l'économie, fournira du travail et apportera la prospérité. Très habilement, Silvio Berlusconi réussit à passer des accords avec deux formations à priori antagoniques, la Ligue du Nord et Alliance nation […]
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