5. La crise des années soixante-dix (1968-1978)
• Le « mai rampant » et l'« automne chaud »
De 1968 à 1972, l'Italie traverse une période de réactions violentes contre un système incapable d'absorber le flux de demandes d'une société en pleine expansion. Comme dans d'autres pays occidentaux, l'explosion de la contestation débute dans les universités en 1968, mais c'est dans les usines qu'elle trouve son expression majeure et qu'elle introduit les changements les plus importants. La classe ouvrière a en effet un long retard à rattraper, et la forte croissance économique semble lui offrir les moyens de le faire. En même temps qu'une augmentation très sensible du niveau de vie global de la population, le « miracle économique » a en effet accru les tensions et les motifs de frustration, surtout parmi les jeunes ouvriers méridionaux émigrés dans le Nord. D'où une très forte combativité qui, du fait de l'absence d'une présence syndicale dans les entreprises, est d'abord spontanée ou dirigée par des groupuscules très politisés. Elle est ensuite reprise en main par les grandes confédérations qui, appuyées par cette mobilisation, réussissent à obtenir beaucoup d'avantages dans le domaine des salaires comme dans celui de l'organisation du travail ou du pouvoir syndical. La réduction des horaires, l'autocontrôle des rythmes, le refus de la mobilité s'accompagnent en effet de la mise en place dans les grandes entreprises de nouvelles structures ouvrières : délégués de chaîne ou d'atelier, conseils d'usine qui font entrer le syndicat sur les lieux de travail. Ces conquêtes sont consacrées dans le « statut des travailleurs » voté en 1970. En même temps, les grandes centrales se sont efforcées de canaliser la protestation ouvrière vers des buts nationaux en déclenchant une série de grèves générales sur des thèmes politiques de réforme : logement, transports, retraites, développement du Midi, etc. Ces actions s'accompagnent d'une autonomie grandissante à l'égard des partis politiques et […]
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