3. Des processus complexes et dynamiques
Le développement des modèles de l'« innovation en grand » et de la « big science » ne signifie pas pour autant la disparition de logiques et de sources d'innovation plus « entrepreneuriales ». L'hypothèse la plus vraisemblable est que ces différents modèles non seulement ne s'excluent pas mutuellement, mais s'inscrivent dans une nouvelle dynamique organisationnelle de l'innovation sous forme d'arrangements plus « collectifs » ou multilatéraux d'agents plus ou moins interdépendants.
• Des modèles complémentaires et imbriqués
Les modèles d'organisation de l'innovation semblent coexister assez naturellement, voire s'interpénétrer. Plusieurs arguments vont clairement dans le sens de cette hypothèse. Premièrement, les études empiriques (Cohen et Levin, 1989) échouent à démontrer de manière concluante que la propension à s'engager dans des activités de R&D ou à innover soit clairement corrélée à la (grande) taille des firmes ou au degré de concentration des marchés.
Deuxièmement, les études tendent aussi à remettre en cause l'opposition classique depuis les années 1960 entre les modèles demand pull (innovation tirée par des consommateurs considérés comme « souverains ») et ceux technology push (innovation organisée à grande échelle et impulsée par la science). Le premier modèle, en phase avec l'approche entrepreneuriale de l'innovation, reste peu probant au niveau empirique comme au plan théorique, vu notamment l'influence considérable que les grandes firmes exercent sur le comportement des consommateurs au travers des multiples canaux de promotion et de publicité ou de la création pure et simple de « nouveaux besoins ». Le second modèle semble mieux refléter les caractéristiques essentielles du capitalisme contemporain, notamment au niveau de la concentration et du pouvoir des firmes sur les marchés. Il reste cependant problématique car il ne permet pas d'expliquer pourquoi certaines innovations importantes (comme le microprocesseur et le microordinateur) ont été développées en dehors des structures de R&D des grandes firmes.
L'analyse fine […]
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