Depuis le début des années 1980, Jacques Herzog et Pierre de Meuron occupent une place sans cesse grandissante sur la scène architecturale internationale, qui leur a notamment valu d'être lauréats, en octobre 2007, du Praemium Imperiale, récompense remise par la Japan Art Association, assimilée au prix Nobel des arts. Cette distinction consacre une œuvre d'une rare puissance, constamment inventive, et dont l'inscription dans l'histoire semble déjà assurée, tant est fort l'impact de chacun des bâtiments qu'ils ont élaborés.
1. La façade comme projet
Nés le premier à Paris et le second à Bâle en 1950, les architectes suisses Jacques Herzog et Pierre de Meuron étudient l'architecture au Polytechnicum de Zurich, ils en sortent diplômés en 1975, avant de fonder leur agence à Bâle en 1978. D'emblée, leur travail porte pour l'essentiel sur une mise en œuvre particulièrement précise et originale des matériaux de construction. La maison de Tavole (1982-1988) et l'immeuble de logements de l'Hebelstrasse à Bâle (1985-1988) comptent parmi leurs premières réalisations les plus significatives : le béton, la pierre ou le bois y expriment chacun une stricte rationalité, laquelle est toujours doublée d'une forte dimension poétique. Cette dualité se renforce dans l'entrepôt et dans l'usine-entrepôt Ricola de Laufen (1986-1987) et de Mulhouse (1992-1993), respectivement bardés de plaques d'Éternit et de sérigraphies translucides. Se réclamant d'Andy Warhol comme de Gottfried Semper, théoricien allemand des relations entre forme et structure interne des matériaux, Herzog et de Meuron confèrent à chacune de leur construction la dimension d'un objet unique, qui « offre sa propre langue » et dont la texture des façades constitue le principal objet d'innovation. Celles-ci sont le plus souvent traitées comme des unités autonomes ; à ce titre, elles n'ont pas obligatoirement de rapport avec la réalité intérieure du bâtiment : c'est le cas de la galerie d'art Goetz à Munich (1993), dont le socle en verre structurel, surmonté d'un coffre de bois opaque, semble placer la construction en apesanteur ; la hiérarchie des matériaux est ici inversée.
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