2. Art et architecture
L'intervention récurrente d'artistes, de sociologues ou encore de scientifiques dans le processus d'élaboration des projets d'Herzog et de Meuron, témoigne d'une démarche radicalement nouvelle. « Nous avons compris qu'il nous fallait concentrer nos énergies. Nous avons appris aussi qu'il était impossible de faire en même temps de l'art et de l'architecture », déclarent les deux architectes, qui jugent intenable la triple activité (architecte, peintre et sculpteur) de Le Corbusier ou, plus récemment, celle de Donald Judd. Dans cette optique, Herzog et de Meuron invitent l'artiste minimaliste Rémy Zaugg – dont ils construisent l'atelier à Mulhouse en 1997 – à participer à certains de leurs projets (théâtre de Blois, 1991 ; bibliothèques universitaires de Jussieu à Paris, 1992) et de leurs réalisations (résidence universitaire Antipodes à Dijon, 1992). Celui-ci concevra par ailleurs la scénographie de l'exposition que leur consacre, en 1995, le Centre Georges-Pompidou à Paris. Disposés à plat et non sur les murs, éclairés par des néons blancs, les documents donnent à voir un travail en cours d'élaboration. Esquisses, plans et maquettes ne sont que les témoins, les « déchets » selon Rémy Zaugg, de la recherche architecturale ; il ne saurait donc être question de les élever au statut d'œuvres d'art, statut que les deux architectes refusent d'ailleurs d'appliquer à leurs constructions.
La démarche raffinée d'Herzog et de Meuron les conduit néanmoins à doter des types d'édifices en apparence ingrats de qualités esthétiques qui tendent finalement à les transcender : le dépôt de locomotives (1988-1996) et le poste de signalisation (1992-1995) qu'ils réalisent à Bâle – ce dernier est habillé de lamelles de cuivres dont la disposition crée une enveloppe sans cesse changeante –, le centre sportif Pfaffenholz de Saint-Louis près de Mulhouse (1989-1993), en sont, avec l'usine-entrepôt Ricola de Mulhouse, les témoins les plus éloquents. Dans le même temps, Herzog et de Meuron affichent leur pragmatisme – d'aucuns diront un certain conservatisme – devant les programmes qu'ils ont à traiter. Considérant que l'innovation est aujourd'hui impossible dans l'architecture du logement et, d'une manière générale, que l'architecture ne peut changer la société, ils se refusent à toute proposition typologique ou à une remise en cause systématique de la commande, une posture qu'adoptent certains de leurs confrères.
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