Le lied – dans son acception moderne – naît à la fin du xviiie siècle, avec Johann Rudolf Zumsteeg, et trouve son accomplissement au début du xixe siècle. « À ce tournant de l'évolution musicale, l'accompagnement voit son rôle changer quasi totalement. D'humble serviteur de la ligne mélodique, il devient acteur à part entière dans le discours musical. Son office conquiert une importance et une noblesse toutes neuves : le compositeur compte sur lui autant que sur la mélodie pour achever son œuvre » (Pierre-Petit). Grâce au Britannique Gerald Moore, le répertoire du piano d'accompagnement a révélé ses secrètes mais somptueuses beautés.
1. Au service des plus grands
Gerald Moore naît à Watford (Hertfordshire, Angleterre) le 30 juillet 1899. Wallis Bandey guide ses premiers pas à l'école de musique de sa ville natale. Sa famille ayant émigré au Canada en 1913, c'est au Hambourg Conservatory of Music de Toronto qu'il poursuit ses études, avec Michael Hambourg – un élève de Nicolaï Rubinstein –, qui avait fondé ce conservatoire en 1911 ; il commence à se produire en récital, comme soliste et accompagnateur.
Une fois de retour en Grande-Bretagne en 1919, Gerald Moore n'hésite guère à suivre les conseils du chef d'orchestre et compositeur britannique Landon Ronald : il abandonne l'ambition de devenir soliste pour consacrer sa vie à l'accompagnement. En 1925, il devient le partenaire du ténor John Coates – grand interprète de Siegfried, de Tristan, de Lohengrin, mais aussi de lieder, de mélodies françaises, de musique élisabéthaine –, à qui il avouera devoir beaucoup.
Débute alors une vie professionnelle qui pourrait se résumer en une phrase : seuls les plus grands l'appelèrent, il ne joua qu'avec eux. Des sonates, bien sûr, avec Yehudi Menuhin au violon et Emanuel Feuermann au violoncelle, mais encore et toujours du lied. Tout d'abord avec Fiodor Chaliapine, Frida Leider, Elisabeth Schumann, Hans Hotter, avec qui il enregistre le Winterreise et le Schwanengesang de Schubert, Kirsten Flagst […]
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