Il était, physiquement et musicalement, taillé pour incarner les dieux et les prophètes. Mais derrière la stature de géant et l'immensité vocale qui ont fait de Hans Hotter le Wotan du xxe siècle se dissimulait l'humanité simple et chaleureuse de l'un des plus grands chanteurs de lieder de l'ère du disque.
1. Un chant aristocratique
Hans Hotter, né à Offenbach-sur-le-Main (Allemagne) le 19 janvier 1909, étudie à Munich la philosophie et la musicologie, suit des cours de chant, d'harmonie et de direction d'orchestre. Tout semble alors le destiner à la carrière de chef. Mais, en 1929, le triomphe qu'obtient le jeune baryton-basse au cours d'un premier récital en décide autrement. Il travaille alors avec Matthäus Römer, héritier de Jean De Reszke, qui lui transmet la tradition esthétique et la technique de chant du bel canto. Dès 1930, il fait ses premières apparitions sur les planches, à Troppau. Le Théâtre allemand de Prague l'appelle de 1932 à 1934. Il y rencontre Fiodor Chaliapine, qui exerce une influence déterminante sur son style.
Clemens Krauss, qui suit depuis quelques années les premiers pas prometteurs de ce jeune professionnel, et qui vient d'être nommé intendant de la Bayerische Staatsoper de Munich, l'engage en 1937 dans cette prestigieuse institution, où Hotter restera jusqu'en 1972. Il débute sur la scène bavaroise dans l'Orateur (La Flûte enchantée de Mozart), y chante Pizarro (Fidelio de Beethoven), le rôle-titre de Boris Godounov de Moussorgski, celui de Falstaff de Verdi, Iago (Otello de Verdi) et se fait très vite, à la suite de Friedrich Schorr et de Rudolf Bockelmann, une place dans le cercle très étroit des Heldenbariton wagnériens : à Munich, il interprète Wotan de L'Or du Rhin et le Wanderer de Siegfried, mais il faut attendre 1941 avant de le voir incarner le Wotan de La Walkyrie. En 1938, Hans Hotter fait une entrée remarquée à la Staatsoper de Vienne avec un impressionnant Jochanaan (Salomé de Richard Strauss). Sous la direction de Krauss, il devient l'un des interprètes p […]
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