2. Faut-il jouer moins fort ?
Derrière cette fréquentation quotidienne de l'Élysée du chant, peu de chose en vérité pour nourrir une biographie : la présentation des concerts de midi à la National Gallery, des cours d'interprétation et des conférences dans le monde entier et un chapelet de livres – The Unashamed Accompanist, Singer and Accompanist, Am I too Loud ? Memoirs of an Accompanist, The Schubert Song Cycles, Farewell Recital : Further Memoirs – où se mêlent souvenirs et vision aiguë du répertoire.
Quand, le 20 février 1967, Gerald Moore donne au Royal Festival Hall de Londres son concert d'adieu, c'est avec l'affectueux hommage de ces divinités du lied que sont Victoria de Los Angeles, Elisabeth Schwarzkopf et Dietrich Fischer-Dieskau. Une dernière fois, il joue ce répertoire où il s'illustre depuis quarante-deux ans : Mozart, Haydn, Schubert, Mendelssohn, Schumann, Brahms, Wolf, pour lequel il s'est tant battu, et, pour finir dans un sourire, Rossini avec un inénarrable Duo des chats. Daniel Barenboim ira le tirer de sa retraite de Box Hill pour quelques enregistrements encore avant qu'il ne disparaisse le 13 mars 1987, à Penn, dans le Buckinghamshire.
Humilité devant la partition, pudeur des sentiments et des effets, simplicité de la ligne musicale définissent un jeu où la perfection technique elle-même se cache sous la justesse de la respiration et le raffinement des couleurs. Passionnément à l'écoute de la voix, Gerald Moore nous offre la présence d'un poète et l'autorité d'un maître : l'évidence en habit de velours.
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