« La vie de Wolf, écrit Ernst Decsey, ressemble à un de ses lieder : courte introduction, toute en lutte, explosion, décharge du cœur en une cantilène brûlante, chute dans un épilogue muet : un drame sur une page d'imprimerie. » Quant à son œuvre, elle est à l'univers du lied ce que celle de Wagner est à l'univers de l'opéra : un rocher incontournable.
1. Les débuts
Hugo Wolf est né le 13 mars 1860 dans un arrière-poste styrien de l'empire austro-hongrois, à Windischgrätz. Il était le second fils du tanneur de la ville, Philipp Wolf, qui se délassait volontiers d'un métier qu'il n'avait pas choisi en grattant du violon. Jusqu'en 1869, Hugo Wolf fréquenta l'école du village, cependant que son père, dont il se sentait assez proche, lui enseignait quelques rudiments de musique. Ses années de lycée à Graz, puis à Marbourg, révèlent déjà un caractère instable. Il semble que le jeune Hugo ait délibérément saboté ses études à partir de 1875 afin d'être envoyé – contre le gré de son père cette fois – au conservatoire de Vienne. Ses premières compositions (Sonate, op. 1, Variations, op. 2, Lieder, op. 3) datent en effet de cette année. Cependant, aucun signe ne permet de caractériser encore son futur style.
À quinze ans, Wolf s'installe à Vienne, ville qu'il ne quittera plus, excepté pour de courts voyages professionnels en Allemagne à partir de 1890, et pour un voyage en Italie qu'il effectuera en 1898 pour raison de santé. Vienne, creuset culturel d'une richesse inouïe, a toujours su attirer les grands musiciens – Mozart, Beethoven, Schubert, Brahms, Bruckner, Mahler, Schönberg, pour ne citer que les plus connus – et surtout les retenir. Aucun d'entre eux n'y eut la vie facile, aucun n'y fut reconnu de son vivant à sa juste valeur – et tous s'en plaignirent –, mais pas un seul ne songea sérieusement à la quitter. Hugo Wolf, condisciple de Mahler au conservatoire, fréquente assidûment l'Opéra. Il voit tout le répertoire et en connaît tous les rôles par cœur. De fait, bien plus que l'apprentissage au conserva […]
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