Avant la Première Guerre mondiale, Richard Huelsenbeck, né à Frankenau en Allemagne, est déjà parmi les jeunes poètes et écrivains expressionnistes qui fréquentent, à Berlin, le café des Westerns et affichent des idées antimilitaristes. Réformé en février 1916, il rejoint à Zurich Hugo Ball, qui vient de fonder le cabaret Voltaire. Dès son arrivée, il canalise l'action dadaïste vers la provocation et l'expérimentation poétique. Avec Janco et Tzara, il réalise, en mars 1916 au cabaret Voltaire, la première déclamation simultanée, inspirée des idées de Barzun, avec le poème : L'amiral cherche une maison à louer. Antagoniste de Tzara, il représente à Zurich l'aile gauche du dadaïsme naissant. Un an plus tard (janv. 1917), Huelsenbeck retourne à Berlin et se consacre à la création d'un dadaïsme berlinois qui est attisé par la situation politique allemande. Il publie un essai en mai 1917, L'Homme nouveau, et donne une conférence sur Dada et sur les activités auxquelles il a pris part à Zurich en février 1918 à la galerie Neumann de Berlin. Cet événement est à l'origine de la formation du premier groupe d'intellectuels révolutionnaires sous l'impulsion du message dadaïste. Au mois d'avril suivant, Huelsenbeck, Hausmann et Grosz organisent la première soirée dada dans la salle de la Nouvelle Sécession. Lors de cette séance publique, Huelsenbeck déclame le premier Manifeste dadaïste allemand, signé par tous les adhérents mais dont il est le principal rédacteur. Les idées contenues dans le Manifeste — le cosmopolitisme du mouvement, la proclamation de Dada comme « disposition de l'esprit » et l'opposition à toute tendance éthique et esthétique — sont alors les mêmes que les idées avancées par le groupe de Zurich dont Huelsenbeck s'est fait le porte-parole ; mais très tôt il va donner un tour politique aux activités du mouvement berlinois. Il affiche ainsi les mêmes idées qui caractérisent la position intellectuelle des dadaïstes allemands : Grosz, Hausmann, les frères Hertfield, Hoch, Baader. En 1919-1920 […]
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